De l’après-guerre au Panthéon, Joséphine Baker dans « Le Monde »

Joséphine Baker en représentation au château de Versailles lors d’un gala franco-américain le 27 novembre 1973.

Le 30 novembre, Joséphine Baker deviendra la première femme noire à entrer au Panthéon. Une décision prise fin août par Emmanuel Macron pour honorer la mémoire de la chanteuse franco-américaine, icône des Années folles. Autant dire que l’artiste, surnommée « la Vénus noire », a connu ses plus grandes heures de gloire bien avant la création du journal Le Monde, en 1944.

C’est pourquoi sa première apparition dans les colonnes du quotidien, le 5 juin 1946, marque presque le début d’un déclin. Dans un compte rendu de spectacle avec Yvonne Darriès en vedette, elle est simplement mentionnée comme faisant partie des « anciennes » aux côtés d’autres grands noms du music-hall français comme Mistinguett. Il faut attendre 1949 pour que la danseuse, née en 1906 aux Etats-Unis dans le Missouri, mais naturalisée française en 1937, soit au centre d’un article.

Une expérience un peu décevante

Le journaliste Henry Magnan raconte son premier spectacle vu aux Folies-Bergères. Une expérience un peu décevante mais sauvée par le talent de la star française. « Il faut souhaiter longue vie à “Féeries et Folies” [le titre du spectacle], qui mit toutes les chances de son côté en se choisissant (…) une vedette aussi populaire que Joséphine Baker, laquelle promène avec autant de bonheur aujourd’hui de gigantesques corolles de brocart que sous le précédent régime son pagne de bananes », écrit-il.

« Je veux montrer aux peuples de couleur que les Blancs ne sont pas tous cruels et méchants. » Joséphine Baker en 1953

Plus que ses talents sur scène, ce sont surtout les engagements sociaux de Joséphine Baker qui se racontent au fil des années. Cela commence en mai 1951, quand « l’héroïne nationale » est « acclamée par la foule » d’Harlem à New York lors d’une grande manifestation contre le racisme. Deux ans plus tard, elle confie au Monde son projet d’adopter cinq enfants parmi des populations différentes (un Scandinave, un Sud-Africain, un Japonais, un Indien et un Israélien).

« Je m’attacherai à ce que le plus grand respect des opinions et des croyances d’autrui soit observé, déclara l’artiste. Je veux montrer aux peuples de couleur que les Blancs ne sont pas tous cruels et méchants. Je prouverai que les humains peuvent se respecter les uns les autres si on leur en donne la chance. » Pour cela, elle préfère mettre un terme à sa carrière, afin de s’occuper de ses petits protégés.

En coulisses, un tableau moins heureux

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