De Nietzsche à Zemmour, Michel Onfray dans « Le Monde »

Le philosophe Michel Onfray, le 8 octobre 2018, à Paris.

« On m’a souvent dit que j’étais un Zemmour de gauche », aime à raconter Michel Onfray. Le 4 octobre, au Palais des congrès, à Paris, le philosophe doit participer à une « rencontre-conférence » avec le polémiste d’extrême droite, dans une salle pouvant accueillir 4 000 personnes, entrées payantes. Depuis trente ans, dans les pages du Monde, le philosophe aimante les querelles et les ­formules assassines.

Tout avait pourtant ­commencé de manière apaisée. Le 9 juin 1989, le journaliste et écrivain Roland Jaccard – mort le 20 septembre –, par ailleurs chroniqueur du Monde des livres, salue Le Ventre des ­philosophes (éd. Grasset), un « savoureux ­banquet philosophique » concocté par un « jeune philosophe bâfreur ». L’ouvrage, un « essai drôle, insolent et original », décrit par le menu les habitudes alimentaires de Diogène le Cynique, Freud, Kant ou Rousseau, entre autres.

Débats de société

Auteur prolifique, Michel Onfray voit ses ouvrages régulièrement accueillis avec enthousiasme. En 1993, La Sculpture de soi (Grasset), récompensé du prix Médicis essai, est qualifié d’« essai vivant, “sans poussière” » par Roger-Pol Droit, qui prophétise, à propos de son auteur : « Cet enfant de Nietzsche et de Fourier n’a sûrement pas fini de grandir. »

Au-delà de sa production littéraire, Michel Onfray prend une part croissante aux débats de société. Avec une ligne directrice : démocratiser l’accès au savoir en général, et à la philosophie en particulier. Dans un entretien avec Roger-Pol Droit, en octobre 2004, il revient sur la création de l’Université populaire de Caen, un an plus tôt, née dans son esprit après le traumatisme Le Pen lors de la présidentielle de 2002.

« Onfray, grâce à son sens du récit, sa capacité à vulgariser une pensée complexe, sa façon sympa de rendre accessible la dialectique, devient vite l’un des philosophes les plus médiatiques de France. » Nicolas Bourcier et Yann Plougastel, en 2005

« Pour éviter l’hystérie – mondaine et parisienne – d’entre les deux tours, explique le philosophe, les vœux pieux, les incantations, les plus jamais ça”, (…), il m’a semblé préférable de cesser de parler, d’invectiver, de monologuer, et plutôt d’agir, de faire, de construire, c’est-à-dire de militer d’une certaine manière. » Il rappelle au passage que son université « s’adresse à tous, sans condition d’accès ».

Avec la publication, en 2005, de son Traité d’athéologie (Grasset), dans lequel il s’en prend aux trois monothéismes, Michel Onfray attire encore un peu plus la lumière des médias. L’ouvrage devient un best-seller, avec 125 000 exemplaires vendus en trois mois. Au printemps 2005, Le Monde 2 vient assister à ses cours à l’Université populaire.

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