De Pretoria à San Francisco, Elon Musk et l’esprit des pionniers

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Publié aujourd’hui à 02h59

C’est à Barcelone qu’à l’été 2015, le clan Musk décide de se retrouver pour une semaine de vacances. Les cinq cousins d’Elon, son frère, Kimbal, et sa sœur, Tosca, cinéaste, sont présents, et chacun devise agréablement dans les jardins d’un bon restaurant de la capitale catalane. Scott Haldeman, l’oncle maternel d’Elon Musk, est là, lui aussi, et se souvient avec émotion de cette réunion : « Tous étaient dans les affaires. Cinq étaient PDG, les autres dirigeants d’entreprise. Ils formaient une équipe et parlaient tranquillement, d’égal à égal, qu’ils soient milliardaires ou multimilliardaires. Ils avaient en commun d’être partis de rien, sans un sou en poche. »

Une incarnation du rêve américain pour cette génération, originaire d’Afrique du Sud, venue en Amérique dans les années 1990. Ou plutôt, la fidélité à l’héritage du grand-père maternel d’Elon Musk, également père de Scott : « C’était la reconnaissance de la culture familiale : tu peux faire ce que tu veux ; si tu en as le talent, fais-le ! », confie Scott Haldeman.

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Chez les Musk, Elon est un primus inter pares, celui de sa génération qui a le mieux réussi. Mais c’est la figure tutélaire du grand-père, Joshua Haldeman, qui domine. Elon, né le 28 juin 1971 à Pretoria, ne l’a pour ainsi dire pas connu, puisqu’il est mort dans un accident d’avion en 1974, mais, comme l’explique Scott Haldeman au Monde depuis le bureau de sa bibliothèque en Californie, le vrai héros du clan, c’est lui : « Elon a fait des choses extraordinaires sur le plan industriel, mais elles valent bien ce qu’a réalisé son grand-père dans le domaine de l’aventure », résume-t-il.

L’épopée de Joshua Haldeman raconte la vie d’un homme libre, refusant les contraintes, rebelle à certaines formes d’autorité, un libertarien, dirait-on aujourd’hui. De cela Elon Musk a sans conteste hérité.

Joshua Haldeman (1902-1974) menait une vie prospère dans les plaines glacées de la Saskatchewan, au Canada, jusqu’à ce que frappe la crise de 1929. « Il a tout perdu pendant la Grande Dépression, y compris sa grande ferme », raconte Scott Haldeman. Son exploitation fut saisie, car il n’arrivait pas à rembourser les traites de son tracteur. Il en nourrit une terrible rancœur contre les milieux financiers, que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans la défiance d’Elon Musk vis-à-vis de Wall Street.

« Mon père pensait que les forces de l’argent avaient orchestré la Grande Dépression et la seconde guerre mondiale. Il était très à droite, en ce sens, explique Scott Haldeman, qui décrit un père peu religieux. Il lisait la Bible, mais ne croyait en aucune religion et à aucun enseignement en la matière. »

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