« Déchets : les grands mensonges du recyclage », sur M6 : en France, la grande tricherie du tri des déchets

A la déchetterie de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), le 19 avril 2021.

M6 – DIMANCHE 17 OCTOBRE – 23 H 10 – MAGAZINE

En 2008, l’Union européenne s’était fixé pour objectif de recycler la moitié des déchets ménagers à l’horizon 2020 – elle en recyclait alors 36 %. Aux abords de l’échéance, si les progrès sont nets au niveau de l’Union européenne, avec 46,4 % de recyclage des déchets ménagers (chiffres de 2015), au niveau national, la France se situe en milieu de tableau avec 42,9 %, à mi-chemin des 67,6 % de l’Allemagne et des 6,4 % de Malte.

Bouteille (en plastique) à moitié vide ou à moitié pleine ? Le journaliste Paul Labrosse a enquêté pour « Zone interdite » auprès des acteurs de la filière. Il en rapporte un documentaire édifiant, qui révèle des pratiques frauduleuses à tous les niveaux. A commencer par cet éboueur du 18e arrondissement de Paris qui, avec ses collègues, charge indifféremment poubelles vertes et jaunes dans la même benne, tout en assurant au journaliste qui l’aborde que la poubelle jaune qu’il tient d’une main… n’est pas jaune ! Pas étonné, un représentant syndical assure qu’il s’agit d’une pratique quasi imposée pour limiter les coûts des entreprises de ramassage, comme Derichebourg – contactée, celle-ci ne jugera pas utile de s’expliquer.

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A la Mairie de Paris, où l’enquête se poursuit, Colombe Brossel, adjointe en charge de la propreté, parle de rupture du « contrat moral » avec son prestataire. Devant son écran, le citoyen lambda, incarné dans le reportage par deux jeunes Parisiennes, est dégoûté. Ce n’est qu’un début.

Manque de rentabilité

Direction la décharge du Jas de Rhôdes (Bouches-du-Rhône), gérée par l’entreprise Suez, au nord de Marseille, où des matières recyclables (cartons, bois, plastiques…) et des produits dangereux (pneus, gaz, pare-chocs) sont présents. Ce qui est interdit.

A Lorient, qui abrite un important centre de traitement d’emballages ménagers (issus des poubelles jaunes), Julien, ex-cadre dirigeant d’un centre de tri privé, livre anonymement et en quelques mots l’essentiel : le manque de rentabilité du secteur pousse à envoyer directement à l’enfouissage ou à l’incinération deux voire trois camions sur dix, afin de dégager un minimum de marge. Deux reportages vont corroborer ses dires. Conséquence : en France, en moyenne 70 % des plastiques ne seraient jamais recyclés.

Mais tout n’est pas négatif, assure le commentaire, puisque globalement, dans l’Hexagone, « on recycle 20 % de plus qu’il y a dix ans ». L’affirmation ouvre une parenthèse positive bienvenue, sur le recyclage original de mégots de cigarettes ou de bouchons en plastique.

Avant de replonger dans les détritus. A Sillingy (Haute-Savoie) où quatre pavillons, construits sur une décharge, menacent de s’effondrer ; à Mareil-en-France (Val-d’Oise), où la maire, Chantal Roman, ne veut pas baisser les bras face à la colline de déchets apparue en huit mois à cause des dépôts sauvages. A l’aide de balises GPS, Paul Labrosse va pister cinq chauffeurs qui proposent d’évacuer des gravats. Et révéler les tenants et aboutissants d’un fructueux trafic.

A partir de Toulouse, c’est un autre trafic qui va être mis au jour, celui de réfrigérateurs, qu’il est bien plus rentable de compacter et d’envoyer à l’étranger pour leur ferraille que de dépolluer.

Gageons que, à l’heure de sortir ses poubelles, jaunes et vertes, le téléspectateur, qui paye entre 50 et 200 euros par an le recyclage par le biais de sa taxe foncière, ne cédera pas au découragement.

Déchets : les grands mensonges du recyclage, de Paul Labrosse (Fr., 2021, 128 min).