Dedans ou dehors ? Les cheveux se poussent du col

Pull camionneur à torsades, en laine et cachemire, Eric Bompard. Tee-shirt vintage, en polyester et coton, Le Vif.

C’est une information déroutante, dont on parle ici et là, dans certaines voies sans issue d’Internet. Laisser sa longue chevelure ­captive du col de son manteau, de son col roulé, prisonnière d’une parka, d’une veste ou d’un collier, porte un nom : le hair tucking, to tuck se traduisant par le verbe « rentrer ». Quantité de sites bien intentionnés donnent les meilleurs conseils en la matière, toujours dans un soin du détail assez poussé, pour que le geste soit beau et réussi, qu’il ait l’air naturel ou, du moins, le plus accidentel possible.

Le Goût de M

Revu récemment sur les podiums (mais déjà chez Chanel en 2014), ce geste de mode est à placer dans la grande galerie des (in)intentions, discipline dans laquelle la France fait figure de pionnière et de modèle. Sur fond d’un romantisme cerné par trop de cavalcades et de nuits blanches, fait d’entorses, de couacs, d’anicroches, de pétouilles, le style français repose en effet sur une myriade de maladresses, pirouettes, pas de côté propres à la bohème, tentatives plus ou moins conscientes et plus ou moins fructueuses d’échapper aux normes bourgeoises… Un Je t’aime moi non plus stylistique donc, qui revient dès lors que la mode est aux manteaux oversize, mégadoudounes, grosses parkas et cols roulés moelleux, qu’une pointe de chic désinvolte très maîtrisée vient stimuler.

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Ne pas sortir ses cheveux de son pull ou de n’importe quelle autre pièce à manches un tant soit peu enveloppante, relève donc en apparence de l’étourderie. L’automatisme de libérer la chevelure par-dessus le vêtement juste après l’avoir enfilé aurait dû prendre le relais. Mais par un mystère inexpliqué, source d’interrogation et dans lequel vient se nicher le style, les cheveux sont restés sous l’habit, ce qui offre à l’ensemble une allure singulière. Une allure tout court.

L’histoire se tient. On peut lui ajouter une pointe de culture skate. Le sweat capuche, qui y occupe une place centrale, emprisonne les cheveux mieux qu’aucun autre vêtement. Il est également possible de trouver des départs de feu dans la mode homme, chez Hedi Slimane dès l’automne 2005 de Dior Homme ou chez Kim Jones au printemps 2012 de Louis Vuitton, l’écharpe XXL ou le plaid enroulé autour du cou, accessoires nouveaux, chargés de désir, créent des remous dans le milieu. Pris, les cheveux longs présentaient une forme de hair tucking que personne n’osait encore nommer ainsi. L’expression, désormais mieux comprise, trouvera naturellement sa place dans les conversations au coin du feu cet hiver.

Manteau Turner, en baby cashmere, Loro Piana. Pull-over en cachemire, Icicle.
Col Leo, en cachemire, Linnea Lund. Top à manches longues, en satin, Maison Rabih Kayrouz.
Col roulé, en angora, Forte Forte. Robe Anubi, en cuir végan, Nanushka chez The Frankie Shop.
Col roulé à torsades, en laine, The Kooples Homme. Chemise d’homme à carreaux, en laine et viscose, Pomandère. Sous-pull à rayures, en laine et viscose, Pomandère.
Veste en tweed de laine, Fursac. Pull en laine, Yves Salomon.