Del Amo, un « Plumard » sensible sur BrutX

Augustin Trapenard et Jean-Baptiste Del Amo, en septembre 2021.

BRUTX – RENCONTRES – A LA DEMANDE

Sadien, sensuel, sensible. Vraiment riche et richement vrai. Aussi intelligent qu’intelligible. Ainsi va le quatrième épisode de « Plumard » (rendez-vous littéraire disponible à la demande sur la plate-forme BrutX) qui nous télétransporte cette fois dans la Sarthe. A Neuvillette-en-Charnie plus exactement, siège de l’association GroinGroin, laquelle « recueille des animaux d’élevage exploités et sensibilise le public au respect des animaux ».

C’est ici, au milieu des cochons et des chèvres, qu’Augustin Trapenard, le plus télégénique des normaliens, a posé son canapé. Là qu’une poule sur les genoux, son invité, l’écrivain Jean-Baptiste Del Amo, explique qu’enfant, mal dans son corps et harcelé, il s’est pris de passion pour le cochon, animal injustement mal aimé. Plus tard, c’est en visitant un abattoir qu’il prendra conscience de l’urgence absolue de mener une action directe afin de sensibiliser, au risque de heurter (il le sait et le revendique) le grand public aux conditions de la vie animale. Il en tirera Règne animal (Gallimard, prix du Livre Inter 2016) et L214 du nom de l’association de défense des animaux (éd. Arthaud, 2017).

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Né en 1981 dans un milieu modeste, ce sont d’abord les livres de Stephen King qui font pousser l’imagination de Jean-Baptiste Del Amo. Viendra ensuite la découverte de Baudelaire, Laclos et, choc immense, Sade : « Ce qui est terrible à la lecture de Sade, c’est à la fois l’effroi qui nous traverse et en même temps la pulsion de désir. » La littérature – celle de Sade en premier lieu – est aussi une expérience physique. Au côté du Divin Marquis, figurent dans son panthéon personnel Jean Genet et Pierre Guyotat.

Thème de la violence et de la transmission

« Le premier accès à la compréhension de ce que j’étais, de mon homosexualité, je l’ai eu à travers les livres », confie Del Amo, dont le premier ouvrage, Ne rien faire et autres nouvelles (éd. Buchet Chastel, 2006) lui vaut le Prix du jeune écrivain. Deux ans plus tard, Une éducation libertine (Gallimard) est couronné par le Goncourt du premier roman. C’est aussi à cette occasion que Jean-Baptiste Garcia devient Del Amo (nom de sa grand-mère paternelle), alors que son éditeur publie le premier roman d’un autre Garcia, Tristan de son prénom, devenu depuis un ami.

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Après Le Sel, viendront Pornographia (prix Sade 2013), deux livres pour enfants, un court métrage et, enfin, Le Fils de l’homme, pour lequel il vient de recevoir le prix du roman Fnac. Dans ce texte, comme dans son œuvre, Del Amo explore le thème de la violence et de la transmission. L’occasion pour Augustin Trapenard de l’interroger sur la paternité et le patriarcat. Sur l’engagement, aussi. Sur l’écriture enfin qui se fait de plus en plus visuelle, olfactive, sensorielle. « Organique, terreuse », dit même l’écrivain.

Alors que la caméra se promène avec et autour d’eux, qu’à l’odeur du foin se substitue celle de l’humus et des forêts profondes, on les remercie pour, sans pour autant avoir bougé de notre canapé, nous avoir fait intellectuellement et sensiblement voyager aussi loin.

« Plumard, collection de rencontres littéraires », par Augustin Trapenard. Disponible sur BrutX, applications mobile et TV (box Orange et Free, Apple TV, Android TV, Chromecast et AirPlay).