Delphine Coulin et Marie Richeux : « Parler des femmes qui ont fait de tout petits pas de côté »

Les écrivaines Delphine Coulin (à gauche) et Marie Richeux (à droite), à Paris, en octobre 2021.

Quatre ans après le début du mouvement #metoo, la condition féminine est une thématique florissante en librairie. Deux autrices ont choisi de placer le « deuxième sexe » au centre de leur travail, tout en prenant un peu de recul historique. L’écrivaine et cinéaste Delphine Coulin met en scène toute une lignée de femmes libres dans Loin, à l’ouest, vaste fresque se déployant de la fin du XIXe siècle à nos jours, tandis que l’écrivaine et productrice de radio Marie Richeux évoque les générations qui l’ont précédée dans Sages femmes, un court roman hybride, entre enquête et méditation poétique.

Dans « Loin, à l’ouest », on lit que « la vie des femmes nécessite plus de fiction que la vie des hommes puisqu’on en a gardé peu de récits ». Vos deux romans trouvent-ils leur origine dans le désir de combler ce manque ?

Delphine Coulin : Oui, on a effacé tout un pan de l’histoire des femmes. Les archives sont très bavardes sur les hommes ; les livrets militaires, s’ils ont fait la guerre, sont des mines d’or, on connaît leur physique, leur niveau d’études, leurs différentes adresses. Pour les femmes, on a juste des actes de mariage et de naissance. On les réduit à ces deux fonctions. Pour raconter les femmes, il faut combler les blancs, écrire un roman. Les faire réapparaître est un geste politique, d’autant que je ne parle pas des grandes figures. Maintenant, on sait que Simone de Beauvoir et Virginia Woolf ont changé nos vies, par exemple. Pour moi, il est doublement politique de parler de ces femmes qui ont fait de tout petits pas de côté, qui, additionnés les uns aux autres au fil des générations, font « un grand pas pour l’humanité ».

Marie Richeux : J’avais envie d’écrire ce texte, et il s’agissait de vies non racontées. Ce faisant, en les racontant, il se trouve que je faisais un geste avec vous et avec toutes celles et ceux qui le font. Mais l’intention politique n’était pas programmatique.

D. C. : Pour moi, si, c’était une forme d’hommage, aussi. C’est en cela que c’était délibéré. Ces grandes figures que sont pour moi ma mère et mon arrière-grand-mère, dont mes personnages sont inspirés, j’avais envie de leur donner de la place.

Avez-vous eu conscience d’écrire chacune un roman féministe ?

M. R. : Absolument féministe ! Je n’ai pas eu besoin de le déclarer, c’est quelque chose qui fait partie de ma vie. J’espère que je fais de la radio avec une conscience féministe, que j’élève mes enfants avec une conscience féministe, que je suis amoureuse de mon compagnon avec une conscience féministe. Ce livre est plus directement féministe, car il est question de femmes et de combats, mais je pense qu’Achille[Sabine Wespieser, 2015] ou Climats de France[Sabine Wespieser, 2017], mes deux précédents romans, peuvent se lire aussi avec un regard féministe.

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