Delphine Perret, Dominique Missika, Jean-Yves Moyart, Abel Quentin… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Histoire. « Le Manuscrit franciscain retrouvé », sous la direction de Nicole Bériou, Jacques Dalarun et Dominique Poirel

Le Manuscrit franciscain retrouvé livre le résultat d’une vaste enquête collective menée, chose rare, par des chercheurs issus à la fois des sciences dures et des sciences humaines. L’objet de leurs investigations ? Un manuscrit du XIIIe siècle de la taille d’un smartphone. Ce « livre de poche » avait déjà fait grand bruit lors de sa redécouverte en 2014, car il contient une biographie inconnue de François d’Assise (1180-1225), rédigée peu après sa mort. Disséqué, l’objet-livre éclaire ici des vies moins illustres, celles de ses tout premiers disciples.

Sa rédaction et son usage collectifs, l’absence d’ornementation, la simplicité des matériaux qui le constituent sont une vibrante incarnation de leur vœu radical de pauvreté. Sa composition sur les routes d’Italie, peut-être de France, rappelle quant à elle qu’avant la construction des premiers couvents, les Franciscains erraient de monastère en monastère. C’est souvent dans la bibliothèque de ces derniers qu’ils copièrent des textes destinés à les aider dans leur activité principale : la prédication. Cette troupe nomade, exclusivement masculine, se souciait peu en ces temps héroïques de prêcher aux femmes. Ces « baroudeurs de l’Evangile » glanaient des textes qui mentionnaient la Vierge, mais ne concernaient jamais les femmes réelles. Les intéressait en revanche au premier chef la modernité de leurs références doctrinales et spirituelles : c’est ainsi qu’ils copièrent ce qui était alors la toute première vie de saint François et, pour nous, la dernière retrouvée. M. Dx

« Le Manuscrit franciscain retrouvé », sous la direction de Nicole Bériou, Jacques Dalarun et Dominique Poirel, CNRS Editions, 300 p., 39 €, numérique 28 €.

Roman. « Les Oracles de Teresa », d’Arianna Cecconi

Italie, plaine du Pô. Trois générations féminines sont rassemblées autour de « mamée Teresa » dans ce qui s’annonce comme une veillée funèbre où les secrets vont faire surface. Il y a bientôt dix ans que Teresa ne parle plus et que, alitée au milieu du salon, elle semble somnoler. Jusqu’au jour où le dernier adieu approche et où cousines, filles et petite-fille se sentent prêtes à recueillir les réponses qu’elles ont toujours craint d’entendre. Teresa se fait alors « interprète de l’invisible ». Tel un oracle qui « n’explique pas, mais suggère », et sait que « la prophétie est déjà dans l’oreille de celui qui [le] consulte ». Dans une narration rappelant les sagas familiales italiennes s’insinue ainsi la puissance du mythe. Elle confère à ce premier roman une portée mystique et symbolique. Forte de son expérience sur les rituels et les rêves, son autrice, l’anthropologue Arianna Cecconi, nous invite à une réflexion autour des silences accumulés. Ces « souvenirs enfouis derrière des portes closes, dans des couloirs inconnus de notre mémoire ». F. C.-S.

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