« Démocratiser l’accès aux filières sélectives de l’enseignement supérieur n’est pas renoncer à l’excellence ! »

Tribune. Alors que sont tombés en juillet les résultats du bac et que les réponses de Parcoursup se poursuivent, le débat sur les inégalités sociales devant l’accès aux filières de l’enseignement supérieur, et plus spécialement celles qui sont sélectives – s’il en reste qui ne le sont pas du tout… –, renaît logiquement.

Inutile de revenir sur ce fait incontestable, rappelé récemment par un article du Monde publié le 5 juillet (« Concours d’entrée dans les grandes écoles : la stratégie du “coup de pouce” aux boursiers », par Jessica Gourdon) : si l’on ne fait rien, ces dispositifs de sélection débouchent inéluctablement sur une surreprésentation spectaculaire des enfants les plus favorisés par le mode de fonctionnement du système scolaire français, lui-même pointé par les enquêtes internationales comme l’un des plus inégalitaires des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Cadres supérieurs et professions intellectuelles (enseignants en tête) assurent ainsi assez sereinement l’avenir de leurs enfants – ce qui ne veut évidemment pas dire qu’ils souhaitent l’échec des catégories sociales ayant moins accès à la réussite scolaire et universitaire, mais signifie qu’ils tirent objectivement profit d’un système qui produit ces inégalités. Les grandes écoles y sont de moins en moins insensibles, comme le rappelle l’article cité. Pour lutter contre ces injustices sociales, plusieurs stratégies sont possibles.

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La première consiste moduler les frais de scolarité (qui, sinon, dépassent les 15 000 euros par an dans certaines grandes écoles) en fonction des revenus, voire à en dispenser les boursiers. Deux limites cependant : encore faut-il d’abord avoir été admis. Et cette logique du revenu ne dit rien du capital culturel des intéressés, dont la sociologie a de longue date démontré le caractère décisif.

Préparations rapprochées

Nombreux sont ceux qui pensent qu’il suffit alors d’agir en amont en repérant parmi les milieux sociaux dont les statistiques démontrent qu’ils sont plus exposés à l’échec scolaire, des élèves « méritants » dont on perçoit qu’ils pourraient « réussir ». Cette logique existe déjà dans le secondaire par le jeu des internats d’excellence, création de l’actuel ministre visant à extraire des élèves motivés de leur environnement social pour leur faire bénéficier, dans un cadre fermé, d’un encadrement renforcé.

Œuvrer pour qu’une jeunesse issue de milieux sociaux différents se rencontre dans le même espace de formation est le meilleur moyen d’éviter l’entre-soi social et la déconnexion dont on accuse ceux qui occupent aujourd’hui les postes d’encadrement et de décision

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