Démographie, immigration, habitat : les défis de Mayotte

A Mayotte, le 6 février 2021.

Comparaison n’est pas raison. Pourtant, le plan pour Mayotte, dévoilé par les ministres de l’outre-mer, Sébastien Lecornu, et de l’intérieur, Gérald Darmanin, lors de leur déplacement dans l’archipel, fin août, s’apparente, à certains égards, à celui pour Marseille, présenté par Emmanuel Macron jeudi 2 septembre. Tout en s’appuyant sur un fort volet sécuritaire, l’un et l’autre entendent couvrir les diverses problématiques auxquelles ces territoires sont confrontés et engager des moyens significatifs. Là s’arrête la comparaison, même si la cité phocéenne et l’île aux parfums partagent d’autres traits communs, à commencer par le poids de la communauté comorienne qui y réside.

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Le plan « Mayotte », pour sa part, s’inscrit dans le prolongement des engagements qui avaient été pris – et des moyens alors débloqués – dans le cadre du plan pour l’avenir de Mayotte de 1,3 milliard d’euros, mis en œuvre par Edouard Philippe après les mouvements sociaux du printemps 2018. Cependant, dans sa conception globale comme dans son ambition et son déploiement, il s’en distingue. Il englobe des dispositions qui soit sont de nature législative, soit relèvent de décrets, de décisions gouvernementales ou de l’action diplomatique. Un projet de loi-programme spécifique à Mayotte devrait être présenté au premier trimestre 2022 et certaines mesures seront inscrites dès cet automne dans le projet de loi de finances ou le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2022.

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La population de Mayotte, officiellement estimée à 290 000 habitants – chiffre sans doute sous-évalué –, compte 50 % d’étrangers en provenance, pour 95 % d’entre eux, des Comores voisines, dont près de 30 % de clandestins. De l’ordre de 25 à 30 bébés naissent chaque jour sur le territoire – l’équivalent d’une classe –, et la moitié de la population a moins de 18 ans. Bien que le plan de 2018 ait mobilisé un budget d’un demi-milliard d’euros pour la construction et la rénovation des écoles, des collèges et des lycées, il manque encore 1 000 classes pour faire face aux besoins de scolarisation en primaire.

Choc démographique

Selon une étude de l’Insee de 2020, si les flux migratoires se maintenaient à leur niveau actuel, la population pourrait atteindre 760 000 habitants à l’horizon 2050. Comment ce département français de 375 km2, qui cumule le plus fort taux de pauvreté et la plus forte densité (hors Ile-de-France), pourrait-il surmonter un tel choc ? Quand bien même l’immigration serait contenue, la seule démographie endogène suffira à faire passer le cap du demi-million d’habitants, voire à doubler la population du territoire.

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