Denis Villeneuve : « “Dune” est précurseur de l’idée selon laquelle l’écologie est un mouvement qui va au-delà de la politique et peut aussi devenir violent »

Le réalisateur Denis Villeneuve à Paris, en septembre 2017.

L’unique centrale nucléaire du Québec est toujours visible depuis la maison au bord du Saint-Laurent où Denis Villeneuve a grandi. Enfant, le réalisateur racontait à ses amis qu’il était né au cœur du réacteur et en avait acquis les qualités ­intrinsèques, de celles qui font, en général, l’étoffe des super-héros. Puis la centrale est devenue pour lui plus ambivalente. Emblème de la technologie la plus extrême, elle symbolisait aussi bien ses bienfaits que ses dangers. Il y avait là un goût d’inconnu, la sensation d’habiter une contrée porteuse d’un imaginaire inhabituel.

L’étrangeté du lieu a sans doute nourri le goût du quinquagénaire pour la science-­fiction. Denis Villeneuve a signé deux des films les plus marquants du genre dans les années 2010, Premier contact (2016) et Blade Runner 2049 (2017), la suite du chef-d’œuvre de Ridley Scott révélé en 1982. Aujourd’hui, il sort Dune, d’après le best-­seller de Frank Herbert écrit dans la première moitié des années 1960.

Extrême complexité narrative

Ce cycle à l’imaginaire foisonnant fut le Graal de plusieurs réalisateurs, un serpent de mer qui a avalé tous ceux qui s’y sont attaqués, en ­raison de la difficulté – et du coût faramineux – à en restituer l’incroyable univers au cinéma. Alejandro Jodorowsky, qui a passé une partie des années 1970 à tenter de faire aboutir son projet, a fini par déclarer que son film existait… dans une autre dimension.

Ridley Scott, qui aurait dû en faire son deuxième long-métrage, est passé à Alien (1979). Quant à David Lynch, qui a réussi, en 1984, à en livrer une adaptation, elle est considérée comme son film le moins réussi. Le Dune de Villeneuve, dont la sortie a été plusieurs fois décalée, est donc l’un des films le plus ­attendus de cette rentrée.

Quand il évoque le fameux roman, une saga d’une extrême complexité narrative ­abordant des questions aussi diverses que l’écologie, l’organisation politique et religieuse du pouvoir, les rivalités économiques entre différentes peuplades de l’univers, l’acquisition et la préservation des ressources, l’intelligence artificielle et ses menaces, l’instrumentalisation de la religion pour asservir les populations, le réalisateur canadien sort le livre de sa poche.

Il montre la couverture, illustrée d’une tête d’homme chauve aux yeux d’un bleu étincelant qui surplombe une étendue désertique. C’était une époque où les éditeurs de science-fiction faisaient appel à un illustrateur pour évoquer, en une image, l’imaginaire d’un roman.

« Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur de découvrir inopinément pareil chef-d’œuvre, sans avoir jamais entendu parler ni du romancier ni de la saga. » Denis Villeneuve

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