« Déprivilégier le genre », un ouvrage pour prendre de la hauteur sur le débat public

Livre. Une approche sociologique du genre, notion souvent insaisissable et objet de bien des fantasmes. Voilà ce que propose le passionnant ouvrage d’Arnaud Alessandrin, Déprivilégier le genre. L’auteur, spécialiste de la question et enseignant à l’université de Bordeaux, ne prétend pas en offrir un panorama exhaustif.

En quatre chapitres, il porte son attention sur les mouvements féministes, la transidentité, la non-binarité ainsi que sur la drag-queen. Autant d’expériences et de phénomènes qui ont bouleversé et continuent de troubler la vision traditionnelle, monolithique et hégémonique du genre.

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« Il n’y a pas d’extérieur au genre : il est au cœur d’inégalités hommes-femmes, de violences faites aux femmes, de préjugés et de stéréotypes, d’éducation, de discriminations sexistes et homophobes, transphobes ou intersexistes, écrit Arnaud Alessandrin. Plus encore : ni les questions de racisme, de classe sociale, d’urbanisme ou d’environnement n’échappent au genre. »

Sujet de récupérations politiques, d’interprétations captieuses et de contrevérités, le concept, omniprésent, émaille le débat public. Et s’il « nous oblige à nous comparer », c’est qu’il est indissociable de l’idée de subjectivité, donc d’altérité. C’est dire à quel point il est nécessaire de l’interroger.

Souci de pédagogie louable

Plutôt que de cloisonner le propos dans une vision dogmatique, le sociologue ouvre volontiers la réflexion en prenant de la hauteur vis-à-vis des nombreuses polémiques polarisantes liées au genre ces dernières années. A l’image des « ABCD de l’égalité », portés en 2014 par Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des droits des femmes. Le dispositif, qui s’inscrivait dans le cadre de la lutte contre les inégalités entre filles et garçons à l’école, avait notamment provoqué une vive opposition dans les rangs de la droite, qui l’accusaient de propager la prétendue « théorie du genre ». Après six mois de controverse, la mesure avait fini par être abandonnée.

Plus récemment, l’écriture inclusive, qui défend un meilleur respect de l’égalité à travers une adaptation de la grammaire et du vocabulaire, a fait couler beaucoup d’encre.

« Et si déprivilégier le genre passait par son exagération ? Sa dramatisation ? » Le chapitre qui aborde le mouvement drag est particulièrement intéressant en ce qu’il intellectualise et politise une pratique longtemps considérée comme frivole. « Les drags actuelles sont à l’intersection de nombreux phénomènes sociaux et culturels : fourmillement des identités de genre, de fluidité de genre ou de la lutte contre les LGBTphobies », analyse Arnaud Alessandrin.

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