« Depuis Mai-68, Villeurbanne est le stimulant laboratoire culturel de la France »

Chronique. Les festivals s’avancent dans une joie contrariée par le variant Delta et, au même moment, à l’ombre de l’été, il s’en prépare un à déguster dans un an, dont l’approche est novatrice. Ce sera à Villeurbanne (Rhône), en juin 2022, commune populaire de 150 000 habitants qui tutoie Lyon. Rien d’étonnant. La cité de gratte-ciel et de logements sociaux, de tradition socialiste, menée depuis 2020 par Cédric Van Styvendael, est le laboratoire culturel de la France.

C’est ici, durant le brûlant mai 1968, que 34 directeurs de théâtre et de maisons de la culture, réunis par Roger Planchon, le fédérateur directeur du Théâtre national populaire, le fameux TNP, signent la Déclaration de Villeurbanne, un texte-clé, contre le pouvoir gaulliste évidemment, appelant surtout à confier les clés de la culture aux artistes. Le gauchisme de l’époque veut donner le pouvoir au peuple, mais les créateurs le veulent pour eux. Avec cet objectif tout de même : l’excellence de la création est seule à même d’attirer le public le plus large. Ces clés, ils les obtiendront en grande partie durant les années Mitterrand-Lang, à partir de 1981, et les conserveront tant bien que mal ensuite.

Un débat tendu

C’est Villeurbanne toujours qui a été élue en mars, après un concours entre 29 villes, « Capitale française de la culture ». Ce sera en 2022. Pensé par Bernard Faivre d’Arcier, ancien patron du Festival d’Avignon, ce nouveau titre est doté de 1 million d’euros. La somme est modeste mais elle accélère un projet municipal estimé entre 7 millions et 10 millions d’euros. L’essentiel est ce que Villeurbanne va en faire.

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Pour saisir l’enjeu, il faut revenir sur un débat tendu, amplifié par la prise écologiste de grandes villes en 2020, sans oublier Grenoble, où Eric Piolle a été, lui, réélu, et qui vient de se lancer dans la course à la présidentielle. D’un côté, un monde culturel campant sur la Déclaration de Villeurbanne ; de l’autre, nombre d’élus, Verts en tête, dénonçant leur échec et l’entre-soi des élites. Les théâtres ou musées étant surtout fréquentés par des gens aisés, ces élus veulent une culture au service des gens défavorisés – les arts de la rue par exemple. Eric Piolle a coupé dans les subventions de lieux installés. Lyon a rogné son aide à l’Opéra. Bordeaux a lancé une campagne d’affichage sur le thème « Artiste, c’est un métier ? », provoquant la colère des milieux culturels.

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C’est là que Villeurbanne propose une troisième voie. Ne pas jouer le public contre les artistes, la rue contre les lieux « en dur », mais les associer. Bernard Faivre d’Arcier parle d’« alliance heureuse ». Elle ne va pas de soi tant la fracture est profonde entre la « culture légitime » et le « socioculturel » – « sociocu » quand on veut être méprisant.

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