« Depuis que je vous ai lu, je vous admire », de Catherine Sauvat : généalogie des admirations littéraires

« Depuis que je vous ai lu, je vous admire. Visites d’écrivains à leurs maîtres », de Catherine Sauvat, Fayard, 250 p., 20,50 €, numérique 15 €.

Un auteur doit-il se méfier d’un lecteur qui lui veut du bien ? Seulement lorsque celui-ci désire entrer en littérature, est-on tenté de répondre en refermant l’ouvrage de Catherine Sauvat. En lieu et place des selfies d’aujourd’hui dérobés lors des séances de dédicace, les grands écrivains d’hier devaient subir les suppliques d’admirateurs fiévreux et leurs visites intempestives. Il y a les cœurs brûlants qui se prosternent au risque de paraître grotesques, tel le jeune auteur de Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald, qui, apercevant Edith Wharton, se jette à ses pieds pour lui déclarer sa flamme. Un rendez-vous que l’autrice américaine, brusquée par tant d’ardeur, résume d’un mot : « Affreux. » Il y a les cabotins qui, pas moins exaltés, espèrent impressionner le maître et bénéficier de ses grâces – entendez par là, se faire éditer.

Ainsi le livre de Catherine Sauvat n’entretient-il aucune vision idéalisée de cette société de cour que forment les gens de lettres. Depuis que je vous ai lu, je vous admire. Visites d’écrivains à leurs maîtres (Fayard, 250 p., 20,50 €, numérique 15 €) n’est pas un hommage pompeux à la littérature, mais une célébration enlevée de celles et ceux qui la font, de leurs vices et vertus aussi. En mêlant anecdotes truculentes et marques d’affinités sincères, Catherine Sauvat dessine une généalogie passionnante, où les générations et les cultures se rencontrent. Ainsi, Victor Hugo, qui claironnait à l’âge de 14 ans « Je veux être Chateaubriand ou rien ! », conquiert bientôt une renommée supérieure à celle de son idole. Sorti de l’ombre du maître, le poète de Lux exerce lui-même une vive fascination sur ses contemporains : à l’adolescence, Baudelaire et Verlaine lui écriront dans l’espoir d’être adoubés. En vain. Ce n’est qu’à la parution des Poèmes saturniens, en 1866, que le père du romantisme écrit à Verlaine : « Une des joies de ma solitude, c’est, monsieur, de voir se lever en France, dans ce grand dix-neuvième siècle, une jeune aube de vraie poésie. »

Eblouissements

Lorsqu’ils se rencontrent, en 1948, cinquante ans séparent Colette et le jeune Truman Capote. Qu’importe, entre eux s’instaure un respect mutuel. Quant à André Gide, il s’imposera, par « l’amitié conquise à la pointe de la plume », le devoir de prolonger, avec son Voyage au Congo, les aventures inventées par Joseph Conrad.

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