« Dernier train pour Busan » sur OCS Choc : des zombies et des hommes

Gong Yoo dans « Dernier train pour Busan » (2016), de Yeon Sang-ho.

OCS CHOC – JEUDI 26 AOÛT À 22 H 15 – FILM

Présenté hors compétition à Cannes en mai 2016, Dernier train pour Busan surprend. Il y est question de zombies qui envahissent un train lancé sur la ligne reliant Séoul à Busan, la plus grande ville du littoral. Le réalisateur, Yeon Sang-ho, vient du cinéma d’animation (The King of Pigs, 2011). Il conserve le sens elliptique du croquis, une façon de brosser personnages et situations en quelques traits sûrs et efficaces, qui rejoint l’art dégraissé de la série B. Une gestion incarnée du stéréotype lui permet de jongler habilement avec un nombre important de personnages. Ici, on ne s’embarrasse pas d’explications, on avance.

L’ouverture pose le contexte d’une épidémie mystérieuse en deux temps trois mouvements : un barrage sanitaire, une usine biochimique, une carcasse de cerf qui revient à la vie. Le récit emboîte le pas d’un tradeur divorcé qui accompagne en train sa petite fille chez sa mère. Puis se redéploie en direction des passagers, un panel constitutif de la société coréenne (un couple de la classe moyenne, les lycéens d’une équipe de base-ball, des retraitées, un chef d’entreprise sans scrupule, un clochard…). Une femme contaminée saute dans le train à la fermeture des portes et ne tarde pas à transformer une bonne partie des passagers en horde de zombies agressifs.

Conflit fratricide

Le train, c’est alors l’emballement de la machine cinéma lancée à grande vitesse. Sans foncièrement renouveler le genre post-apocalyptique, Yeon Sang-ho fait feu de tout bois : scène après scène, il installe une série de règles ludiques qui régissent la survie des personnages et démultiplient les enjeux.

Le train, c’est aussi une image fantasmatique de la société coréenne. Dans l’affrontement entre humains et zombies, on peut voir une résurgence du conflit fratricide que fut la guerre de Corée – le film prend d’ailleurs une résonance particulière quand on sait que c’est à Busan que, en septembre 1950, les forces du Sud subirent les premiers assauts des communistes. Le virus agit comme une dissolution de l’individualité, à la faveur d’un comportement grégaire et massifié, celui d’un peuple zombie – en quoi l’on peut reconnaître la tyrannie nord-coréenne, passée au filtre de l’horreur.

Le train recouvre encore une dernière signification, sociale cette fois. Les survivants se répartissent, dans cet espace compartimenté, comme autant de classes sociales, et il leur faudra s’unir pour remonter jusqu’aux voitures de tête, égoïstement occupées par les plus favorisés. Ce qui rappelle Snowpiercer, le Transperceneige (2013), de Bong Joon-ho.

La lutte, alors, ne se dirige plus tant contre les zombies, sorte de lumpenprolétariat réduit à ses plus bas instincts, que vers la reconquête des gestes élémentaires d’entraide, de collaboration, de souci des autres, qu’avait insensiblement engourdis la vie d’avant la catastrophe.

Dernier train pour Busan, de Yeon Sang-ho. Avec Gong Yoo, Ma Dong-seok, Jeong Yu-mi, Kim Su-an (Cor., 2016, 118 min).