Derrière la fusion TF1-M6, il y a le match entre souveraineté et concurrence

Chronique. Faut-il autoriser TF1 et M6 à se marier ? C’est la question qui agite les secteurs de l’audiovisuel et de la publicité. Il appartient à l’Autorité de la concurrence, qui examine le dossier, de la trancher. Mais, derrière cette fusion, il y a le match entre souveraineté et concurrence.

Deux logiques s’affrontent : pour les pro-mariage – dont l’exécutif français –, il est vital de créer des champions nationaux français, voire européens, pour résister aux géants étrangers, américains ou chinois, notamment dans le numérique : Google et Facebook pour la publicité, Netflix ou Amazon côté films et séries… Pour les opposants, le plus important est d’assurer une concurrence loyale, qui permet une émulation entre les petites et les grandes entreprises, d’où qu’elles viennent : ce serait le mieux pour les consommateurs mais aussi pour nos entreprises, capables de gagner des parts de marché ou des marchés publics à l’étranger.

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La logique de la souveraineté a gagné du terrain en Europe ces dernières années. Un tournant a été le refus par la Commission européenne de la fusion entre les géants allemand et français du ferroviaire, Siemens et Alstom, en 2019. A l’époque, Bruno Le Maire avait critiqué une « erreur politique » et un « cadeau fait à la Chine ». Dans la foulée, le ministre de l’économie avait publié, avec son homologue allemand Peter Altmayer, un « manifeste » pour une « politique industrielle ». Un concept historiquement plutôt associé à la France et regardé avec méfiance en Allemagne comme une forme d’étatisme, voire de socialisme…

Une position de « rente »

Cette inflexion s’incarne notamment dans les « projets importants d’intérêt européen commun » qui permettent aux Etats membres de soutenir les innovations d’entreprises dans les semi-conducteurs, les batteries électriques, l’hébergement de données dans le cloud… Dans le même esprit, le Français Thierry Breton, commissaire européen à l’industrie et fervent défenseur d’une politique industrielle, a plutôt imposé ses vues dans les débats préliminaires avec son homologue à la concurrence Margrethe Vestager sur le règlement sur les plates-formes numériques Digital Markets Act, désormais défendu conjointement.

L’argumentaire pro-fusion est connu : les deux groupes doivent peser sur le marché des droits

Dans le cas de TF1 et M6, l’argumentaire pro-fusion est connu : les deux groupes doivent peser sur le marché des droits, où les mastodontes Disney, Netflix ou Amazon confisquent les plus belles œuvres et les talents. Plus largement, l’univers régulé de la télévision hertzienne et linéaire n’est-il pas promis à terme à exploser, au profit d’une bataille ouverte entre applications de contenus, sur les téléviseurs et objets connectés, majoritairement en replay ? Les chaînes françaises livreraient alors un combat frontal avec les géants de la publicité en ligne ciblée. TF1 et M6 demandent à l’Autorité de la concurrence d’élargir son analyse du « marché pertinent » pour mêler la publicité télévisée (dont ils contrôlent 70 %) et on line. Pour la fusion Fnac-Darty, l’autorité avait ainsi inclus les ventes en ligne.

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