« Derrière l’activité diplomatique déclenchée par la crise de l’Aukus se dessine peut-être un tournant transatlantique majeur »

Emmanuel Macron s’entretient avec Joe Biden au cours d’un sommet de l’OTAN à Bruxelles, le 14 juin 2021.

Faire de la crise une opportunité. Après avoir abondamment crié sa colère sur la manière dont la France a été exclue de la négociation sur l’accord de défense américano-anglo-australien Aukus, Paris voudrait maintenant saisir l’occasion pour tirer parti du revers subi.

L’occasion se présente sous deux formes cette semaine : la visite de hauts responsables américains venus réparer les dégâts de cette désastreuse gestion, et le sommet européen qui réunit les Vingt-Sept à Ljubljana. Suivront les échéances du G20 et la venue du président Joe Biden en Europe, fin octobre.

Derrière cette séquence diplomatique se dessine peut-être un tournant transatlantique majeur qui, s’il se réalise, aura été accéléré par le tournant indo-pacifique de l’Aukus. Transformer l’affront de l’anglosphère en gain pour la défense européenne : c’est l’objectif du président Emmanuel Macron. Pour y parvenir, il lui faut à la fois l’accord de Washington et l’appui des Européens.

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Le premier, paradoxalement, est peut-être le mieux engagé. L’administration Biden a conscience qu’une erreur a été commise, celle d’avoir caché aux Français la négociation sur l’Aukus et d’avoir trahi la confiance d’un allié. Certains experts à Washington expliquent cette bévue par les dysfonctionnements internes de l’équipe diplomatique de Joe Biden : les « Asiatiques », sous la houlette du très actif Kurt Campbell, auraient manœuvré indépendamment de leurs collègues chargés des dossiers européens. Vrai ou faux, il y a en tout cas un malaise avec les Européens qu’il faut régler.

La perche tendue par Joe Biden

La France serait-elle en train d’appliquer aux trois membres de l’Aukus le célèbre triptyque « Punir la France, pardonner à la Russie, ignorer l’Allemagne », attribué, en 2003, à Condoleezza Rice, conseillère de George W. Bush, après le refus de ces pays d’endosser l’invasion de l’Irak ? La combinaison « Punir l’Australie, ignorer le Royaume-Uni, pardonner aux Etats-Unis » peut séduire.

Emmanuel Macron n’a en effet pas tardé outre mesure à saisir la perche tendue par Joe Biden, qui, contrairement à ses collègues britannique et australien, a fait amende honorable en regrettant le défaut de consultations. M. Macron en a profité pour faire reconnaître au président américain – une première de la part de Washington – la nécessité d’une « défense européenne plus forte », dans le communiqué conjoint sur leur entretien téléphonique. Et, accessoirement, « l’importance » de l’engagement français et européen dans l’Indo-Pacifique.

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