Des algues, des algues, des algues : le pari des designers

« Marine Light », lampe du designer Nir Meiri réalisée à base d’algues vertes.

A Auray, dans le Morbihan, le studio de la designer Violaine Buet est un régal pour les yeux : pendues aux murs et aux plafonds, les laminaires, des algues formant de longs rubans, travaillées la veille par la designer, regorgent de couleurs vives, rares et attirantes. Tissées, gaufrées, tressées ou brodées, ces algues teintées deviendront ensuite des pièces textiles qui ont presque l’aspect du cuir. Un travail artisanal minutieux pour cette créatrice qui a grandi près des côtes finistériennes : « Les algues font partie de mon décor depuis l’enfance, de mes nombreuses marches sur les rochers de bord de mer. »

Il lui aura fallu un diplôme en création industrielle à l’ENSCI (Ecole nationale supérieure de création industrielle), un long passage en Inde du Sud et une année de formation à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs en 2016 pour réaliser que cette matière vivante allait devenir son principal champ de création. « J’ai senti que j’avais touché à quelque chose d’intime chez moi et que je ne pourrais plus m’en détacher », raconte la designer, qui récolte elle-même en Bretagne les algues brunes destinées à sa production.

« Les algues sont appliquées sur les cordes métalliques encore fraîches de l’abat-jour. En séchant, elles rétrécissent et prennent
la forme de cet abat-jour », Nir Meiri, auteur des lampes Marine Light.

« Ces organismes vivants sont là depuis un milliard d’années et nous n’en sommes qu’au début de la recherche sur leurs usages », lance, enthousiaste, Violaine Buet. Déjà présentes dans l’agriculture, l’alimentation, la cosmétologie, les algues trouvent peu à peu leur place dans l’architecture et du design. Depuis quelques années, certains designers ont ainsi donné naissance à des ovnis inédits, conceptuels et plutôt destinés à un public de galeries et de collectionneurs.

Ainsi, Nir Meiri, designer originaire de Tel-Aviv et basé à Londres, a imaginé en 2013 une étonnante série de lampes réalisée à base d’algues vertes, intitulée Marine Light. « Les algues sont appliquées sur les cordes métalliques encore fraîches de l’abat-jour. En séchant, elles rétrécissent et prennent la forme de cet abat-jour », explique le designer.

Chaise et table issue de la collection SEA ME, en cellulose extraite du varech, par la designer Nienke Hoogvliet

Ses luminaires ont depuis été exposés à travers le monde. « Les algues sont l’un des matériaux naturels que nous avons en abondance, la mer couvrant les deux tiers de notre planète. Avec Marine Light, je voulais introduire les algues dans l’environnement domestique et montrer aux gens leur beauté », ajoute le créateur, qui poursuit ses recherches sur les matériaux durables et naturels.

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