Des brebis et des hommes : un été dans les pâturages

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Publié le 12 juillet 2021 à 18h00, mis à jour à 10h16

La sonnerie du portable de Marion Poinssot nous réveille. Il est 5 h 45, le jour commence à poindre. La jeune femme enfile un tee-shirt et un jean, allume sa frontale et commence par préparer le café. Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Maxim Cain de se lever. Premier réflexe, sortir voir le temps qu’il fait et retrouver ses chiens.

La montagne est encore silencieuse, la mer de nuages juste en dessous. Les brebis dorment sur le pla de Montcamp, tout près de la cabane du Sasc, en Ariège. Une succession de forêts, de pentes herbeuses et de crêtes arrondies au milieu des sommets ariégeois dont l’élégante pique Rouge de Bassiès (2 676 mètres). C’est dans cet abri, avec eau, électricité et grandes ouvertures sur le paysage que Marion Poinssot et Maxim Cain débutent leur saison. Fin juin, ils quittent le quartier bas de leur estive pour filer vers les quartiers hauts, chacun dans sa cabane, elle à la Unarde, lui à Bayle.

Il est 6 heures, commence alors le défilé sur les crêtes. Les brebis avancent en file indienne et dessinent dans le paysage des pointillés blancs. Les chiens veillent à ce qu’elles restent groupées.

Là-bas, ils sont seuls. La vie est différente. Plus d’accès en voiture, plus de chemin de grande randonnée. Tous les deux travaillent comme bergers pour le groupement pastoral Siguer-la Unarde de Vicdessos. Ils gardent du 1er juin à début octobre 2 800 brebis. « On a la responsabilité du troupeau pendant quatre mois. Notre rôle, c’est de bien les nourrir et soigner, et d’en perdre le moins possible. C’est un métier qui demande des compétences, même si on recherche un mode de vie différent, c’est loin de l’image de carte postale ou de la figure héroïque trop souvent véhiculées », explique Marion Poinssot, qui vient de prendre son bâton de bergère et de coiffer sa longue tresse noire d’un chapeau en feutre.

Marion Poinssot et Maxim Cain font une pause pendant que les brebis s’étalent et mangent sur la crête, vers le col de Gamel, en Ariège.

Dans son sac : carte, jumelles, frontale, appareil photo, une polaire, de quoi manger, du sel pour les brebis et le carnet d’estive. Mara et Ouzou, ses chiens, filent vers la couchade, l’endroit où dorment les brebis. Si Peu et Finet, ceux de Maxim Cain, sont déjà là-haut. « Sans eux, t’es à poil, t’es mort », résume-t-elle sous leurs aboiements. Ils sont comme des fous et courent réveiller les « filles », comme les appellent nos deux bergers. En moins de dix minutes, tout le monde est sur patte. Le silence se fond sous un concert de cloches. Des brebis bichonnées, certaines arborent des colliers colorés et parfois gravés aux initiales de l’éleveur.

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