« Des flots de populations, les ambassades débordées, les talibans partout » : retour sur la folle exfiltration des artistes afghans

Rien ne prédisposait Guilda Chahverdi et Agnès Devictor à créer une cellule de crise pour sauver des artistes afghans menacés par la prise de pouvoir des talibans. La première est metteuse en scène et comédienne, la seconde historienne du cinéma spécialiste de l’Iran. Mais, en 2019, elles ont monté au MuCEM, à Marseille, l’exposition « Kharmohra. L’Afghanistan au risque de l’art », qui réunissait onze artistes afghans.

De même, rien ne prédestinait Maria Carmela Mini à se lancer dans la même action. Elle dirige, à Lille, Latitudes contemporaines, festival de spectacles vivants et bureau de création. Mais elle est l’un des soutiens en France de l’artiste afghane Kubra Khademi, qui a dû s’exiler, dès 2015, après sa performance Armor.

Début juillet, alors que les talibans avancent de plus en plus vite, les artistes de Kharmohra préviennent Guilda Chahverdi et Agnès Devictor qu’ils sont en danger et qu’ils doivent s’exiler, ce à quoi ils se refusaient jusqu’alors. Au même moment, Kubra Khademi demande à Maria Carmela Mini de l’aider à faire venir en France d’autres artistes en danger. Elles ont été rejointes par Joris Mathieu, du Centre dramatique national (CDN) de Lyon.

Les femmes en priorité

Depuis, leurs journées et leurs nuits sont identiques : téléphone et Internet en permanence. Il leur faut être en liaison constante, autant que possible, avec, d’une part, la cellule de crise du ministère des affaires étrangères et avec les services de ce qui était l’ambassade à Kaboul et, d’autre part, avec celles et ceux pour qui fuir est une question de survie : artistes de toutes disciplines, intellectuels, journalistes, juristes, etc.

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Leurs témoignages sont parallèles. Le premier stade : établir des listes, réunir les noms des candidats à l’exil pour les fournir aux services diplomatiques. « Sur la première que nous avons établie, il y avait à peu près soixante-dix noms », répond Guilda Chahverdi. Il y en avait 92 sur celle de l’équipe de Latitudes contemporaines. Le nom est tantôt celui d’une personne seule, tantôt d’une famille. « Il y avait peu de familles sur notre liste, dit Maria Carmela Mini. Nous nous sommes concentrées sur les femmes artistes et intellectuelles, jeunes et seules pour la plupart » – ce qui était déjà le cas de Khademi en 2015.

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Deuxième stade, l’administratif. Tout réfugié potentiel doit être muni d’un passeport et d’un visa, lequel n’est délivré que si la demande est accompagnée d’une lettre d’invitation adressée par une institution culturelle et assurant d’un accueil en France. Ce dernier point n’est pas le plus difficile : « Mi-juillet, raconte Guilda Chahverdi, nous avions les lettres d’invitation », émanant des structures culturelles de la région PACA pour la plupart, MuCEM, Théâtre de la Criée, la Friche la Belle-de-Mai, mais aussi la Villa Arson à Nice.

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