Des futurs agriculteurs en « couveuse » pour valider leur projet d’installation

A la Ferme des Millets, dans la Loire, membre du Réseau des espaces-tests agricoles (Reneta).

Ces bébés-là ont les pouces verts mais plus l’âge de la couveuse. Pourtant, ils y passent en moyenne deux ans. Le temps de se frotter à la réalité du terrain avant de se lancer ou pas dans le grand champ. A 43 ans, Frédéric Roger est l’un de ces « couvés » agricoles, des cultivateurs qui testent en conditions réelles leur projet d’exploitation sans risques financiers. Il y a deux ans, le quadragénaire, ancien cadre dans le secteur de l’animation jeunesse, a intégré le domaine de Viviers à Clapiers, aux portes de Montpellier, un « espace-test agricole » parmi les cinquante-cinq répartis un peu partout en France et la quinzaine en projet.

Le principe de ces incubateurs aux champs, mis en place par des acteurs publics ou privés (collectivités, établissements d’enseignement agricole, coopératives d’activités, associations…) ? Proposer des terres, du matériel, un accompagnement entrepreneurial et technique et un accès facilité à des réseaux de commercialisation à des personnes non issues du milieu agricole ou en reconversion professionnelle.

« Hors cadres familiaux »

Aux côtés de huit autres apprentis agriculteurs, Frédéric Roger dispose, sur le domaine de Viviers, d’une parcelle d’un hectare équipée (irrigation et serres), sur laquelle il a choisi de cultiver légumes et petits fruits bio. D’autres se sont lancés dans l’élevage, l’apiculture ou la culture de plantes aromatiques. Le terrain, qui appartient à l’agglomération de Montpellier, est exploité par une coopérative d’activités, Terracoopa, qui héberge des porteurs de projets agricoles. En échange d’une cotisation annuelle de 1 500 euros, les futurs paysans travaillent en toute autonomie chacun sur leur parcelle, et peuvent cumuler leurs indemnités chômage, par exemple, avec les premiers bénéfices de leur activité.

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En France, plus d’un agriculteur sur trois qui se lance n’a pas grandi dans une ferme ou ne reprend pas l’exploitation familiale – des « hors cadres familiaux », comme on les appelle dans le jargon de la statistique agricole –, d’où l’importance d’accompagner ces néo-paysans. La plupart des dispositifs d’aide à l’installation, notamment la « dotation jeune agriculteur », se limitent à une aide financière et exigent des critères d’âge, d’expérience, de taille d’exploitation… peu adaptés à ces nouveaux profils.

« De l’idée romantique de vivre du travail de la terre à l’exercice réel du métier et à ses impacts, en termes de revenus, de vie de famille, il y a parfois un gouffre » – Jean-Baptiste Cavalier, animateur du réseau Reneta

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