Des « Idoles » à « Showgirl », Marlène Saldana ne se refuse rien

Marlène Saldana, chez elle, à Paris, le 25 août 2021.

« Mais ça va pas la tête ? » Voilà ce que Marlène Saldana se souvient avoir pensé en découvrant en 1997 Showgirls, le film explosif de Paul Verhoeven, sur VHS. Ce portrait de Nomi, travailleuse piégée dans un Las Vegas toxique qui fait d’elle une strip-teaseuse puis une meneuse de revue fut, à sa sortie, flingué à balles sifflantes par la critique, avant de faire depuis quinze ans ­l’objet d’un culte de niche. « Tous mes copains danseurs en sont fous ! Moi j’adore ne pas ­comprendre où ça veut en venir. Je le connaissais par cœur, comme Grease ou Flashdance. »

Réhabiliter Showgirls, l’idée trottait depuis des mois dans la tête de l’intrépide Marlène Saldana. Interprète de ballets de Boris Charmatz, elle est la détentrice d’une des plus éclectiques collections de rôles du théâtre français, elle qui a embrasé les planches, de son jeu vif et hilarant, en éléphant, en Louis II de Bavière, en Staline, ou encore en Jacques Demy dans Les Idoles, pièce à succès de Christophe Honoré qu’elle retrouvera en novembre dans Le Ciel de Nantes, où elle incarnera la grand-mère du réalisateur. « Sur Internet, quand on tape mon nom, on me voit soit à poil soit déguisée en Marine Le Pen. »

Quatrains rimés en décasyllabes

Pour créer Showgirl (titre au singulier pour un format quasi-seule-en-scène), elle s’est enfermée, comme à chaque fois, dans son ­appartement du boulevard Saint-Germain avec son coauteur, Jonathan Drillet. Rituel immuable : elle, allongée sur son lit ou le canapé d’angle ; lui, à la table du salon, tapotant sur le Mac. De l’un à l’autre, le lent ballet de Don Diègue et Mon Colonel, les chats affectueux.

« Quand, lors du filage, je me vois danser en string, hurlant, les jambes en l’air, je me dis “mais c’est pas vrai ! Est-ce que c’est vraiment moi cette personne ?” Marlène Saldana

« Ça va être nuuul », geint-elle toujours au cours de l’écriture. Lui, patience d’ange : « Ça va aller. » « Tout ça fait un peu divan de psy, non ? », s’amuse Jonathan Drillet. « De la préparation mentale, comme pour les athlètes, suggère plutôt Marlène Saldana. Comme on a peu d’argent, on écrit beaucoup en amont et on répète peu en plateau. »

S’extirpant du scénario original de Paul Verhoeven, le duo a tiré, avec l’espièglerie qui les caractérise, une réécriture de la pièce en quatrains rimés en décasyllabes. « Dans cette ville branchée sublime chic et classe/Ringarde artificielle vulgaire cheap et crasse/Je l’ai compris dès le début faut devenir une vraie bad ass/Sinon tu te fais baiser, bienvenue à Las Vegas. » En tournée en France, l’ensemble fait se croiser des chansons composées par leur amie Rebeka Warrior et des chorégraphies portées par Marlène Saldana. Ronde, butō, modern jazz…

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