Des industriels déboussolés par la hausse et la volatilité des cours de l’énergie

Dans l’usine Schneider Electric, à Grenoble, le 15 juin 2021.

La flambée de l’énergie a atteint Le Cheylas. C’est dans ce bourg de l’Isère que Winoa produit, dans des fours électriques ou au gaz, les grenailles servant à traiter les surfaces métalliques. Une usine, comme les huit autres exploitées dans le monde, classée « électro-intensive ». « Suivant les prix de l’énergie, celle-ci représente de 15 % à 20 % de nos coûts de production », calcule Henry-Olivier Mattout, directeur des achats du numéro un mondial du secteur, inquiet de « l’emballement » et de « l’extrême volatilité » des prix depuis le printemps.

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Cette entreprise de 800 salariés n’est qu’un exemple parmi d’autres. Du boulanger de quartier à la multinationale de la sidérurgie comme British Steel, qui dénonce la « spirale hors de contrôle » des prix en Grande-Bretagne, en passant par la PME du papier-carton, de nombreuses entreprises sont durement touchées par l’envolée des coûts de l’électricité et du gaz. D’autant qu’elle s’ajoute parfois à la forte poussée des cours des matières premières.

Manque de visibilité

Certes, pour les sociétés du moins d’une certaine taille, une partie de la consommation est couverte par des contrats négociés durant une période plus longue, mais elles doivent aussi s’approvisionner sur les marchés à terme, où les prix sont fixés à courtes échéances. Ils y dépassent désormais les 100 euros par mégawattheure (MWh), contre 80 euros en août. Voire 150 euros le MWh, sur le marché européen au jour le jour.

« Nous avons une politique de risques. Mais là, tous nos conseils se sont trompés. On nous dit que l’on a atteint un pic, et puis c’est démenti par les faits. Nous n’avons plus le temps de réagir », constate M. Mattout, qui affirme n’avoir « jamais vu ça ».

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« L’inquiétude remonte fortement du terrain », confirme Frank Roubanovitch, président du Cleee, une association regroupant de gros acheteurs d’électricité et de gaz. Après enquête auprès de ses adhérents (de grands groupes tels que SNCF, Orange, Veolia, Bouygues, Accor, La Poste… comme des entreprises de taille modeste), il constate que la moitié d’entre eux ont précommandé de l’électricité à terme pour 2022. Mais les autres, qui ne sont pas couverts, subiront une hausse moyenne de 30 % (taxes et coûts d’acheminement compris) de l’électricité. Si certaines n’ont pas précommandé d’énergie, c’est en raison du manque de visibilité sur leur niveau d’activité à la sortie de la crise sanitaire, explique-t-il.

Les secteurs dits « électro-intensifs », comme la sidérurgie, la chimie ou le papier-carton, sont les plus exposés. Regroupés au sein de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden), ils « s’alarment des impacts majeurs que de tels prix auront sur leur compétitivité ». Calculs faits, ils évaluent le surcoût « autour de 1 milliard d’euros pour 2022 et anticipent une augmentation d’un tiers de leur facture d’électricité ».

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