Des jardins, des arbres et des artistes

Le Grand Canal et les cascades de Sceaux restaurés

Vue, depuis le nouveau ponton, du Grand Canal du domaine de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine.

Le Grand Canal et les cascades du domaine de Sceaux viennent de faire l’objet d’une importante restauration, inaugurée lors des Journées du patrimoine, les 18 et 19 septembre. André Le Nôtre, pour la création des jardins de Colbert, le ministre de Louis XIV, avait su en son temps tirer habilement partie du relief, en dégageant des perspectives spectaculaires. L’hydraulique y jouait un rôle essentiel, dans une scénographie où se répondaient canaux, jets d’eau et cascades. Durablement endommagée, une partie des berges du Grand Canal vient d’être réhabilitée, et un ponton, raccourci bienvenu pour les promeneurs, a été aménagé. Les cascades décorées de mascarons d’Auguste Rodin, recréées dans les années 1930 après leur destruction lors de la Révolution, ont retrouvé leur éclat, dans un environnement végétal entièrement repensé.

Domaine départemental de Sceaux (Hauts-de-Seine). Renseignements pratiques sur domaine-de-sceaux.hauts-de-seine.fr

Le parc rénové du château de Maisons, à Maisons-Laffitte

Haie de « Miscanthus sinensis », dans l’avant-cour du château de Maisons, à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines.

Bâti au XVIIe siècle, le château de Maisons, dû à François Mansart (1598-1666), a été la propriété successive du futur Charles X, du maréchal Lannes et du banquier Laffitte. Sis au milieu d’un immense domaine loti au XIXe siècle par celui qui a laissé son nom à la commune, il a été sauvé in extremis de la destruction et appartient à l’Etat depuis 1905. A l’initiative du Centre des monuments nationaux, la rénovation de son parc (aujourd’hui réduit à 2 p. 100 de sa surface initiale) a été confiée à Louis Benech. Confronté aux contraintes de son environnement (dont la présence de la circulation automobile), le paysagiste a pris le parti d’« être irrespectueux à l’égard de l’Histoire tout en gardant un peu de formalité ». Cela se traduit par un renforcement du couvert végétal, notamment de tilleuls, et l’aménagement d’une prairie fleurie autour du bassin central remis en eau. La terrasse du château, restaurée, a été agrémentée d’agrumes en caisses du plus bel effet.

Château de Maisons, 2, avenue Carnot, Maisons-Laffitte (Yvelines). Accès gratuit au parc. Renseignements pratiques sur chateau-maisons.fr

Giuseppe Penone, « Sève et pensée », à la BnF

« Pensieri e linfa » (« Sève et pensée »), 2017-2018.

La nature – les arbres en particulier – occupe une place essentielle dans l’œuvre de Giuseppe Penone. Familier du Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, l’artiste y présentait encore, en 2020, deux œuvres majeures : Tra et Respirare l’ombra. Un de ses arbres en bronze, couché, est visible dans le jardin de la Fondation Cartier, à Paris. Un autre, encore plus spectaculaire, L’Arbre aux voyelles, occupe un bosquet du jardin des Tuileries. Dans l’importante exposition que lui consacre la BnF, deux œuvres se détachent. La première, Arbres-livre, est une installation de poutres de mélèze, de cèdre ou de sapin évidées laissant apparaître les arbrisseaux originels. La seconde, qui donne son nom à l’exposition, Pensieri e linfa (Sève et pensée), est une toile de lin d’une trentaine de mètres sur laquelle apparaît la trace, obtenue par frottement de feuilles de sureau, du tronc d’un acacia, qu’accompagne un long texte poétique sur la nature et la création.

Giuseppe Penone, « Sève et pensée », jusqu’au 23 janvier 2022. Bibliothèque nationale de France, quai François-Mauriac (Paris 13e). Renseignements pratiques sur bnf.fr

« A Year in Normandie », de David Hockney, à l’Orangerie

David Hockney,

Confiné en 2019-2020 pour cause pandémie dans sa maison du pays d’Auge, en Normandie, le peintre britannique David Hockney, figure de proue du pop art, a pu prendre le temps d’y observer la succession des saisons. Il a ainsi peint les transformations de son jardin et de la campagne environnante grâce à… sa tablette numérique. Transposée sur un support de plus de 80 mètres de longueur, cette frise qui fait écho à la tapisserie de Bayeux dite de la reine Mathilde est actuellement exposée au Musée de l’Orangerie, dans le jardin des Tuileries. Elle y dialogue avec les nymphéas d’un autre jardin célèbre, celui de Giverny, inlassablement peint par son créateur, Claude Monet. A 80 ans passés, l’auteur de A Bigger Splash montre, avec cette œuvre lumineuse, la fraîcheur intacte de son regard.

David Hockney, « A Year in Normandy », jusqu’au 14 février 2022. Musée de l’Orangerie, jardin des Tuileries,
accès place de la Concorde (côté Seine). Renseignements pratiques sur musee-orangerie.fr

Derek Jarman, au Crédac, à Ivry

Vue du jardin et du cottage de Derek Jarman à Dungeness, dans le Kent, en Angleterre (2021).

L’œuvre de Derek Jarman, artiste et cinéaste britannique mort du sida en 1994, est présentée au Crédac, le Centre d’art contemporain d’Ivry, dans le Val-de-Marne. Cet acteur de la scène artistique underground, auteur de films mettant en scène l’homosexualité, s’était retiré, sentant sa fin venir en raison de la maladie, dans une modeste maison de pêcheur située dans le sud de l’Angleterre. C’est dans un environnement apparemment hostile et à proximité d’une… centrale nucléaire que Prospect Cottage deviendra pourtant un lieu de création. Création de ces assemblages poétiques d’objets en métal rouillé, de bouts de plastique et de bois flotté glanés sur la plage de Dungeness présentés dans l’exposition. Et création d’un jardin devenu emblématique, « un jardin sans les conventions normales du jardinage », sans clôture, surgi d’entre les galets. Et qui a heureusement pu survivre à son concepteur.

Derek Jarman, « Dead Souls Whisper (1986-1993) », jusqu’au 19 décembre 2021. Centre d’art contemporain d’Ivry (Le Crédac), Manufacture des Œillets, 1, place Pierre-Gosnat, Ivry (Val-de-Marne). Renseignements pratiques sur credac.fr

L’écrivain Marco Martella et la commissaire Claire Le Restif ont présenté l’artiste et Prospect Cottage lors d’une rencontre en introduction de l’exposition, « Eden et Gethsémani : le jardin de Derek Jarman », bientôt disponible sous forme de podcast sur le site du Crédac.

A lire : Derek Jarman, « Un dernier jardin », photographies de Howard Sooley (Thames & Hudson, 2012, 144 p., 22 €).