Des vies de labeur au Rendez-vous de l’histoire de Blois

Dans une exploitation agricole de Fontaines-les-Sèches (Côte-d’Or), en 2015.

Depuis cinq mille ans, le travail – le labor latin – a occupé les jours des terriens voués, par les fermages et multiples obligations, à assurer les conditions d’existence de leurs gouvernants, que les Rendez-vous de l’histoire ont mis à l’honneur l’an dernier. Cette fois, place aux travailleurs, aux laboratores, ce monde grouillant du dernier étage de la société trifonctionnelle chère aux médiévistes, après les clercs et les nobles. Et c’est bien justice ! Que de diversité dans ce tout-venant rustique des sociétés, que l’on peut scruter finement du Moyen Age au XIXe siècle, avec en ligne de mire, au-delà des régions et des conditions, une commune attache au sol.

Le dos courbé pour faire produire la terre ou les animaux domestiques, les yeux inquiets pour scruter les aléas du ciel, l’esprit préoccupé pour régler le fisc, le seigneur et le propriétaire, assurer la survie de la famille et accessoirement l’amélioration de la condition des générations suivantes, les paysans de la planète sont rivés au cycle « des travaux et des jours » depuis l’Antiquité. Les calendriers, livres d’heures et almanachs reprennent inlassablement les temps forts du travail des hommes (mais aussi des femmes et des enfants), qui servent de repères : semailles, fenaisons, moissons, vendanges et, bien sûr, labours, sarclages, taille de la vigne et des arbres fruitiers, glandée puis sacrifice du cochon. Le labour de la terre n’est-il pas la forme par excellence du travail, quasiment sanctifié dans plusieurs religions ? Ouvrir l’objectif sur cette réalité première, c’est retrouver les milliards de paysans qui ont façonné nos paysages, à la mesure du travail quotidien de l’homme et de l’animal.

La sueur des paysans colle à toute notre histoire

Cette évidence posée, reste à arrêter notre regard dans le mouvement continuel et varié des bras des paysans. Et à en percevoir toutes les manifestations. Dans cette optique, les témoignages qu’ils nous ont laissés sont plus abondants que prévu. Certes, leur vie laborieuse est saisie d’abord par les puissances qui l’ont encadrée : comptes seigneuriaux ou registres fonciers, rôles d’impôts ou de conscription, recensements ou états de récoltes, actes notariés, écrits administratifs ou mémoires d’économie politique, littérature savante ou populaire, des archives multiformes lèvent le voile sur ces hommes de peine. Du produit de leur travail a dépendu la force de l’Etat et des élites. La sueur des paysans colle à toute notre histoire, les textes des « lisants-écrivants » en font foi. Cependant, les intéressés eux-mêmes ont porté leur témoignage.

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