Design : contes de printemps au MAD

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Publié aujourd’hui à 18h00

Que font les designers, ces créateurs d’objets du quotidien, quand le monde s’arrête brutalement de tourner, pandémie oblige ? Se sont-ils tus ces derniers mois, quand les lignes de production étaient à l’arrêt ? Quand les sites culturels avaient portes fermées ? Telle est la question que le Musée des arts décoratifs (MAD), à Paris, a posée à quelque 40 designers, graphistes et artisans, à la fin du printemps 2020.

De cet appel à témoignages est née une exposition originale, baptisée « Un printemps incertain », expression empruntée à Virginia Woolf. Accrochée depuis novembre 2020, elle peut enfin être visitée ! Ces œuvres uniques nées pendant le premier confinement composent la photographie d’une époque singulière et rappellent que les designers ont la nécessité impérieuse de s’exprimer par tous moyens.

« Le studio et l’atelier sont devenus plus que jamais “un lieu à soi” : un espace solitaire où certains des créateurs ont retrouvé la voie de l’expérimentation, de l’esquisse, de la maquette », Cloé Pitiot, commissaire d’exposition.

« 2020 a été pour eux non pas une année entre parenthèses mais l’occasion de créer, d’imaginer, de rêver, d’arpenter le monde en pensée, et autrement », constate Olivier Gabet, directeur du MAD et initiateur de cette exposition qui se présente comme un nouvel accrochage des galeries permanentes consacrées aux collections modernes et contemporaines. Nous avons choisi de soutenir les créateurs dans un temps difficile en leur permettant de montrer, ici, leurs œuvres les plus récentes, après l’annulation des salons professionnels en Europe. »

Où l’on découvre que Matali Crasset, à la campagne avec ses enfants, a rempli des carnets entiers de dessins principalement au feutre noir pointe fine (« des Polaroids de mon cerveau », dit-elle), et imaginé des sculptures en céramique aussi bien que du luminaire. Ainsi ce néon vert (« Aujourd’hui ou jamais ») serpentant sur un mur du MAD Paris : un homme d’un seul trait, tel un personnage de la Linea par le dessinateur Osvaldo Cavandoli, mais dont les bras touchent terre, distendus par une lourde charge.

Branches de saule et encre de Chine

Constance Guisset, confinée en Normandie, a dessiné les brindilles, coquillages, insectes et bois flotté glanés sur la plage par ses enfants. A partir de ses croquis en noir et blanc puis en couleur, elle a constitué un papier peint insolite. Gageons que ses expérimentations trouveront un prolongement à la Villa Noailles où la designer de 44 ans, en tant que présidente de la 15e édition du festival Design Parade Hyères (26 juin-5 septembre), exposera son travail.

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