Design : dans l’atelier de… Michele De Lucchi, agitateur culturel

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Publié aujourd’hui à 18h00

Une ruelle ocre du quartier de Porta Volta, avec d’un côté, un chantier béant piqué d’une haute grue façon cure-dent, de l’autre, un bel immeuble liberty, l’Art nouveau italien, au fronton de pierre et aux balcons gorgés de jasmin étoilé. Comme un raccourci saisissant de Milan, la capitale lombarde en pleine métamorphose, où cohabitent désormais gratte-ciel du nouveau millénaire et palazzi coquets. C’est ici que se trouve, depuis 2006, le studio du designer et architecte Michele De Lucchi, le benjamin des maestros italiens de la période radicale (des mouvements Alchimia à Memphis), aujourd’hui bâtisseur prolifique depuis l’Allemagne jusqu’au Japon, en passant par la Géorgie ou la Suisse.

« Notre atelier est abrité dans ce qui était autrefois le siège de la confrérie des maîtres tailleurs : j’aime l’idée qu’il célèbre, à travers ces murs historiques, le génie de la main », précise le titan de 1,83 mètre, barbe de druide et lunettes rondes façon Le Corbusier. Cette figure tutélaire du design va souffler ses 70 printemps le 8 novembre et croule sous les projets. En témoignent, dès l’entrée, empilé ici, son nouvel ouvrage sur l’architecture Earth Stations : Future Sharing Architectures (Silvana Editoriale, 256 pages en anglais, 37,05 €), et mises en scène, là ses dernières créations design – lampes et assises de facture artisanale, éditées sous sa marque Produzione Privata –, et là encore les maquettes en bois de ses constructions futuristes.

A gauche : vue de l’atelier de Michele De Lucchi où sont construits la plupart de ses modèles et prototypes. A droite : Abbazia 391, sculpture en bois de noyer, de Michele De Lucchi.

Epinglées au mur, des coupures de presse témoignent de son aura en Italie, avec notamment cette double page du quotidien Corriere della Sera qui, sous la plume de l’écrivaine Cinzia Leone, « croque » Michele De Lucchi façon BD, en discussion au paradis avec… Michel-Ange. « Nous débattons lui et moi de l’importance dans l’art et le design de bien faire les choses à la main… », dit-il en riant sous son masque.

Du géant à l’infiniment petit

Au troisième étage, sous les toits, on pénètre dans un nid d’aigle façon chalet de montagne, entièrement tapissé de bois, son matériau fétiche car « le seul qui ne laisse pas de déchets ». Ici tout est géant, de la table monumentale aux casiers de chêne qui font le mur, remplis de livres et de souvenirs, jusqu’à la lampe articulée Tolomeo (production Artemide, dans une version récente, la « Mega » de 3,30 mètres de haut), qu’il a conçue dès 1987 avec Giancarlo Fassina et qui lui a valu son premier Compasso d’Oro.

Soudain, on entre dans l’infiniment petit, avec ces micro-fenêtres de taille décroissante sous le toit mansardé, dotées de leur minivolet intérieur qui semblent avoir été inspirées à Michele De Lucchi par la maison des sept nains. « Le travail du designer est de défier les conventions. Même dans les environnements les plus fonctionnels, il y a ce besoin irrésistible d’un objet, d’un petit détail, qui éveille les sens et souligne qu’il y a toujours quelque chose de neuf auquel aspirer. Sans l’inattendu, il n’y a pas de créativité », théorise-t-il.

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