Deux fratries enchantent le La Rochelle Jazz Festival

Le Belmondo Quintet, le 14 octobre 2021 à La Rochelle.

Vingt-quatrième édition du La Rochelle Jazz Festival, cinq soirées, du 13 au 17 octobre, bien conçues par l’équipe de programmation, avec une attention à la vitalité de la scène française (l’hommage à Miles Davis du trompettiste Nicolas Folmer, celui à la maison de disques CTI du saxophoniste Julien Lourau, celui d’Arhkan, le groupe lauréat du programme Jazz Connexion en 2020, aux agents de l’hôpital de La Rochelle…) et un choix pertinent d’internationaux américains (le batteur Makaya McCraven, la chanteuse Robin McKelle).

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Alignement bénéfique des calendriers de tournées, jeudi 14 octobre, le festival reçoit deux fratries de haute réputation. Les Moutin – François contrebasse, Louis batterie –, avec le saxophoniste Jowee Omicil, et les Belmondo – Lionel saxophone et flûte, Stéphane, trompette et bugle – menant leur quintette au long cours avec le pianiste Eric Legnini, le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Tony Rabeson. Soirée parfaite à La Sirène, salle plutôt rock, dont l’acoustique est un bonheur.

Evidence mélodique

M.O.M, nom du disque publié fin septembre par Laborie Jazz, est aussi celui du trio des Moutin et Omicil. La musique, très improvisée, part de bribes mélodiques ou rythmiques, d’une sonorité. Les titres disent les intentions, Caresse, Fly With the Wind (« vole avec le vent »), Ballade à 2 notes… Nés le 24 décembre 1961, les Moutin sont jumeaux. Jowee Omicil se glisse si aisément au cœur de leur connexion musicienne qu’il pourrait bien être le troisième frère. C’est le deuxième concert de M.O.M, après celui au New Morning, à Paris, lundi 11 octobre. Cela pourrait être le vingtième, le centième. De l’un à l’autre, rien n’a été pareil, dans le futur, tout sera différent, dans l’envie mutuelle d’être ravis que permet l’instant du jazz.

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Le Belmondo Quintet a aussi un album, sorti en mars, Brotherhood (B Flat Recordings). L’écriture des deux frères, toujours dans l’évidence mélodique, le jeu du groupe, qui est allé sur les routes festivalières tout l’été, prend en ampleur, en forces partagées lors du concert. Flûte et conque marine, pour entrer dans le premier thème, puis les parties solistes développées au plus loin de leurs possibles, saxophone, trompette, piano, la contrebasse qui va mener de Yusef’s Tree, composition de Lionel en l’honneur du flûtiste et saxophoniste Yusef Lateef, à Prétexte, de Stéphane, par laquelle la fougue, l’allégresse sont relancées – Tony Rabeson impérial.

La beauté des unissons des deux frères emporte de nouveau. Après une longue introduction au piano, le thème joué au bugle de Song for Dad, de Stéphane Belmondo, séduit, émeut. Dernier élan, Wayne’s Words, de Lionel Belmondo pour le saxophoniste Wayne Shorter. Le Belmondo Quintet en héritier de deux des formations les plus hautes de l’histoire du jazz, le deuxième quintette acoustique de Miles Davis et le quartette de John Coltrane. Exagération ? Non.

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