Deux projets de « ferme-usine » de saumons dans le Pas-de-Calais suscitent la polémique

Manifestation contre le projet d’installation par Pure Salmon d’un élevage de saumons, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), samedi 30 octobre.

« Non à la pisciculture intensive dans le Boulonnais » : c’est derrière ce mot d’ordre que se sont réunis riverains, associations, élus, samedi 30 octobre, pour dénoncer le projet de la société Pure Salmon, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Une « ferme-usine », comme la qualifient ses détracteurs, qui devrait pouvoir produire 10 000 tonnes de poisson par an.

« Les 10 000 tonnes de saumon que souhaite produire Pure Salmon sont à comparer aux 30 000 tonnes de poisson débarqués, chaque année, par les pêcheurs dans le port de Boulogne-sur-Mer », estime Denis Buhagiar, élu EELV à la communauté d’agglomération du Boulonnais (CAB) et acteur de la mobilisation. Avec les autres manifestants, il devait remettre à la préfecture une pétition contre le projet, qui a recueilli 63 000 signatures. Les opposants critiquent la consommation excessive d’eau et d’énergie de cet élevage intensif, soulignent les risques de pollution et de souffrance animale, sans oublier l’artificialisation de terres agricoles.

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En fait, l’initiative aquacole de Pure Salmon a été présentée officiellement début 2020, lors de l’évènement Choose France, présidé par Emmanuel Macron. A cette occasion, les groupes étrangers désireux de s’implanter en France sont accueillis les bras ouverts. Or, le financeur de cet élevage à grande échelle de saumons n’est autre que le fonds d’investissement singapourien 8F Asset Management.

143 millions d’euros investis

Créé en 2016, il a levé 360 millions de dollars (311,4 millions d’euros) en 2020, puis 60 millions de dollars supplémentaires en septembre 2021, pour développer Pure Salmon. Dans son tour de table se trouve la société israélienne AquaMaof, instigatrice de la technologie d’aquaculture en circuit fermé, sélectionnée par 8F. L’eau est, en effet, pompée, filtrée et réoxygénée, pour être réutilisée dans des bassins construits sur la terre ferme, contrairement aux élevages en mer. Pure Salmon dit avoir testé son concept dans une première installation pilote en Pologne. Elle vise maintenant, en vraie grandeur, la France, le Japon, les Etats-Unis et le Moyen-Orient.

Les besoins en eau de la ferme aquacole sont équivalents à la consommation annuelle de 10 000 habitants

Pour mener à bien le projet à Boulogne-sur-Mer, elle a recruté Xavier Govare, l’ex-patron de la société Labeyrie, nommé président de Pure Salmon France. L’entreprise se dit prête à investir 143 millions d’euros dans sa ferme aquacole terrestre, comprenant une écloserie, une unité d’élevage et un atelier de transformation, et fait miroiter une centaine d’emplois. En février, Frédéric Cuvillier, président PS de la CAB, a fait voter la promesse de vente des terrains nécessaires à cette implantation. Soit plus de 15 hectares à dominante agricole, situés dans le parc d’activités de Landacres, à cheval sur deux communes du Pas-de-Calais, Baincthun et Hesdin-l’Abbé. Pour faciliter l’implantation, une décote de 25 % a été appliquée au prix de vente du foncier, cédé pour 2 millions d’euros.

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