« Dieselgate » : chez Renault, Carlos Ghosn n’a rien vu, rien entendu

Carlos Ghosn à Beyrouth, le 14 juin 2021.

Il n’avait pas été très bavard en public sur le « dieselgate », lorsque le scandale a éclaté, en 2015-2016. Carlos Ghosn aura finalement parlé à la justice française pendant plus de six heures, mercredi 26 mai, à Beyrouth, dans le volet Renault de cette tentaculaire affaire. Les trois juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris chargés de ce dossier – Romain Manie-Samson, Jean-Luc Gadaud, Adrien Lallement – ont longuement interrogé M. Ghosn comme témoin en tant qu’ancien PDG du groupe au losange. Renault y est mis en examen pour tromperie aggravée pour une période courant depuis 2009, pendant laquelle Carlos Ghosn était PDG du groupe.

Lire aussi « Dieselgate » : Peugeot et Citroën mis en examen à leur tour en France

Le Monde a pu consulter le procès-verbal de cette audition-clé, qui s’est tenue au sein du tribunal de la capitale libanaise, avec l’accord de la justice locale ; au Liban, donc, où l’ex-patron tout puissant est réfugié depuis sa fuite du Japon, fin 2019. Et M. Ghosn a plaidé sa cause d’une singulière façon, sans cesser de mettre en avant son incompétence en matière de motorisation diesel et en se défaussant sur ses subordonnés.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Renault rattrapé par les fantômes du « dieselgate »

Rappelons les faits. Fin 2015, le groupe Volkswagen avoue avoir introduit un logiciel truqueur dans ses véhicules diesel, dispositif qui permettait la pleine dépollution des émissions de gaz du moteur lors du test d’homologation, mais pas dans des conditions réelles de roulage. Tous les constructeurs vont être vite soupçonnés d’avoir fait de même. En France, des enquêtes judiciaires sont ouvertes en 2017 contre Volkswagen, PSA, Fiat Chrysler et Renault. Elles ont abouti à des mises en examen ce mois de juin. Pour Renault, dont des tests ont montré de très gros écarts d’émission d’oxydes d’azote (NOx), entre l’homologation et le roulage réel, cela concerne des moteurs diesel de normes Euro 5 et Euro 6b, commercialisés entre 2011 et 2018.

« Ma connaissance en la matière est très limitée »

Quand les juges français arrivent au Liban, ils cherchent à savoir s’il existait, sous l’égide de l’ancien patron, une politique délibérée de Renault consistant à privilégier la dépollution du moteur, lors de l’homologation, au détriment d’autres conditions. Mais, en préambule, Carlos Ghosn avertit : « J’ose espérer qu’on ne va pas rentrer dans des choses extrêmement spécifiques, d’autant que je précise que j’étais le patron de Renault et de Nissan et, à partir de 2016, je m’occupais également de Mitsubishi, donc vous pouvez imaginer que le détail des moteurs, je ne le connaissais pas. » Le ton est donné. Sur les 50 questions des juges, à 25 reprises, M. Ghosn répond qu’il ne sait pas, qu’il ne se souvient pas, que ce n’était pas sa responsabilité, qu’il n’était pas impliqué…

Il vous reste 57.96% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.