Dilip Kumar, un monstre sacré disparaît en Inde

Des résidents locaux allument des bougies à côté d’un poster de l’icône de Bollywood Dilip Kumar pour lui rendre hommage, à l’extérieur des vestiges de sa maison ancestrale, à Peshawar, au Pakistan, mercredi 7 juillet 2021.

Le roi de la tragédie indienne est mort. L’acteur Dilip Kumar était célèbre pour sa gravité naturelle, qui lui valut d’interpréter un nombre invraisemblable de rôles sérieux, une soixantaine en un demi-siècle. Connu aussi pour exceller dans l’expression des émotions. Il a tiré sa révérence mercredi 7 juillet, à l’âge de 98 ans, dans un hôpital de Bombay.

Dilip Kumar, de son vrai nom Mohammed Yusuf Khan, a structuré le cinéma en langue hindi, dont Bollywood est le point d’ancrage dans le sous-continent. Il a influencé sa vie durant des générations de comédiens et il va continuer de le faire pour des décennies, assurent les commentateurs. « Une institution s’en est allée et j’ai perdu mon idole, a twitté Amitabh Bachchan, de vingt ans son cadet et actuel parrain du septième art en Inde, quand l’histoire du cinéma indien sera écrite un jour, il y aura un avant et un après Dilip Kumar ».

Pour Akshay Kumar, autre mégastar, la disparition de l’acteur légendaire laisse un grand vide dans l’industrie cinématographique : « Dans le monde, beaucoup de comédiens peuvent être des héros. Pour nous, acteurs, il était le héros ». Signe de la singularité de la vedette, les premiers ministres de l’Inde et du Pakistan ont tous deux réagit à sa disparition. « Il était doté d’un talent inégalé, qui a captivé le public de toutes les générations. Sa disparition est une perte pour notre monde culturel », a twitté Narendra Modi. « Il était le plus grand et le plus polyvalent des acteurs », a déclaré Imran Khan.

Double identité assumée

Né en 1922 à Peshawar (Pakistan), sous l’empire des Indes britanniques, Dilip Kumar est le seul acteur à avoir été profondément habité par la partition qui donna naissance à l’Inde et au Pakistan, en 1947. Il a une dizaine d’années seulement quand son père, marchand de fruits, emmène sa famille à Bombay. Très vite, le jeune homme rejette l’idée de reprendre l’affaire familiale, d’autant qu’en 1944, l’actrice Devika Rani (1908-1994) lui donne l’occasion de tourner dans son premier film, Jwar Bhata, du réalisateur Amiya Chakravarty.

S’il n’a pas embrassé de carrière internationale, c’est peut-être parce qu’il a refusé d’incarner le rôle-titre que lui proposait David Lean dans Lawrence d’Arabie (1962), laissant la place à Omar Sharif

Sa mentor le persuade de prendre un nom d’emprunt de consonance hindoue, afin de se lancer dans le cinéma à l’insu de son père. L’acteur musulman aux racines pakistanaises assumera avec courage sa double identité. Selon Raza Rumi, directeur du Park Center for Independent Media, à l’université américaine d’Ithaca, l’acteur incarnait l’ethos de l’Inde dans sa diversité et sa complexité, des musulmans soufis aux sadhous hindous, en faisant preuve d’une remarquable « ouverture d’esprit ». « Aujourd’hui, il serait inconcevable qu’un acteur puisse être ainsi honoré par deux puissances nucléaires hostiles. Il serait encore plus impensable qu’un acteur résiste à la demande d’une formation politique, le Shiv Sena [extrême droite hindoue, de rendre le prix décerné par le gouvernement pakistanais, et que nul autre qu’un premier ministre du BJP [droite nationaliste hindoue], Atal Bihari Vajpayee, intervienne pour régler la question », souligne-t-il.

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