« Directrice », sur Netflix : Sandra Oh et les servitudes de la chaire

De gauche à droite : David Morse, Sandra Oh, Cliff Chamberlain et Ian Lithgow, dans « Directrice ».

NETFLIX – À LA DEMANDE – SÉRIE

Vus de ce côté-ci de l’Atlantique, les campus américains ressemblent à de grandes étendues embrumées, jalonnées de panneaux indicateurs indéchiffrables – « trigger warnings », « cultural appropriation », « critical race theory »… En six épisodes, Directrice propose un guide comique de cet univers qui excite si fort les imaginations européennes.

Sur les pas de Ji-Yoon Kim (Sandra Oh), professeure de littérature tout juste nommée à la tête du département d’anglais de l’université (fictive) de Pembroke, on s’enfonce dans un dédale où il faudrait être à la fois guidé par la nécessité d’attirer toujours plus d’étudiants (qui paient chacun plusieurs dizaines de milliers de dollars le droit d’emplir leurs têtes) et l’exigence académique ; par la perpétuation d’une tradition intellectuelle et les courants venus du monde extérieur.

Créée par Amanda Peet, jusqu’ici actrice, entre autres dans l’excellente série Togetherness, toujours disponible sur OCS, Directrice jouit en plus du privilège d’être portée par Sandra Oh, la formidable interprète de Killing Eve. Et pourtant… Une fois passées – très vite – les trois heures de cette première saison, on reste partagé entre une sensation de surcharge (les vies privées des protagonistes sont au moins aussi compliquées que leurs carrières) et d’insuffisance. La faute à la brièveté du format, qui permet à peine d’installer les personnages et empêche les fils narratifs de s’entrecroiser harmonieusement. Reste l’impression d’avoir vu l’épisode pilote d’une série brillante qui reste à venir.

Changements de registre

Quand on rencontre Ji-Yoon, elle vient donc d’être élue par ses pairs à la tête de ce département d’anglais, peuplé en majorité d’enseignants chenus dont les cours sont désertés. Elle pourrait compter sur l’appui de Bill Dobson (Jay Duplass), quadragénaire comme elle, s’il n’avait sombré dans l’alcoolisme après son veuvage. A la maison, la brillante universitaire se débat entre sa fille adoptive née au Mexique, qu’elle élève seule, et son père, attaché aux traditions familiales coréennes.

Après que l’hygiène de vie contestable de Dobson l’a entraîné jusqu’au point Godwin (un salut hitlérien, qu’il aurait voulu satirique, devant un amphithéâtre plein), le campus de Pembroke est secoué par une vague de manifestations, que la nouvelle directrice tente de maîtriser, sans tout à fait se rendre compte qu’elle est passée du côté des forces de l’ordre.

Qu’on ait regardé Grey’s Anatomy ou Killing Eve, on sait que Sandra Oh excelle dans l’oscillation entre le désarroi et l’inflexibilité. Elle déploie ici ce talent, auquel elle ajoute un registre d’émotion d’autant plus spectaculaire que le manque de temps oblige l’actrice à accélérer les changements de registre. Autour d’elle, une collection de seconds rôles s’active avec le même souci d’efficacité immédiate : David Morse en doyen de l’université qui se voit plutôt en dirigeant d’entreprise, Bob Balaban en spécialiste traditionaliste de l’œuvre de Melville et la merveilleuse Holland Taylor en féministe d’une autre génération.

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