« Distinguer la charia de ses interprétations sectaires est plus que jamais nécessaire »

Tribune. Qu’est-ce que la charia ? Un observateur non averti pourrait être tenté de croire les nouveaux talibans, qui s’y réfèrent sans cesse, martelant que ce droit religieux prescrit de couper la main du voleur et de lapider la femme adultère… Si les récents évènements de Kaboul font resurgir la crainte d’horreurs supplémentaires, il convient néanmoins de savoir de quoi l’on parle. Distinguer les fondements théologiques de la charia de ses interprétations dévoyées et sectaires est aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Tenter de comprendre, ce n’est pas excuser. Il faut avoir la lucidité de reconnaître qu’il existe au sein du monde musulman – 1,8 milliard de personnes – des sensibilités différentes, y compris un courant extrémiste qui s’incarne dans une interprétation très littérale des écrits. Sur la charia, l’islamisme politique réalise une double manipulation : d’abord en dévoyant le concept lui-même, puis en prétendant qu’il s’appliquerait à tous, avec la prééminence de la religion sur la société. La distinction des deux ordres, temporel et spirituel, est essentielle pour respecter la transcendance divine et prévenir l’idolâtrie d’un pouvoir politique qui serait tenté de rivaliser avec Dieu. C’est en cela que l’islamisme politique est une idéologie qui détourne une religion et détourne d’une religion. C’est un fléau pour tous, et au premier chef pour les musulmans. Rien ne saurait justifier un tel dévoiement, qui doit être condamné fermement et sans échappatoire.

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L’islam est une religion de conscience qui s’adresse à l’individu. Chaque musulman n’étant soumis qu’à Dieu, il existe une nécessaire séparation entre le responsable politique, laïque, dirigeant la société sans dépendre des théologiens, et ces derniers, qui sont autonomes. Responsable de ses actes, l’individu doit en répondre devant Dieu d’abord, devant ses concitoyens ensuite et bien évidemment obéir au détenteur du pouvoir légitime. Ainsi, une fatwa (ou décision sur un cas d’espèce) représente plus une aide, un guide profane, qu’une affirmation spirituelle définitive. Elle est une réponse donnée à une question posée, qui ne concerne et n’engage que son auteur, sans valeur exécutoire. Les premiers compagnons du Prophète étaient peu enclins à émettre des fatwas, bien conscients qu’ils étaient de la responsabilité personnelle ainsi engagée.

Le raisonnement est recommandé

En conséquence, la loi islamique, ou charia, est un chemin, une voie, un guide, permettant au musulman, à titre individuel et en tant que membre de la communauté des croyants, de promouvoir « les droits de Dieu et les droits des hommes ». La promotion de la responsabilité de l’individu est essentielle en lui rappelant ses devoirs fondamentaux : « Vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable » (Coran, sourate 3, verset 110), afin d’obtenir une société juste et garante de la cohésion sociale.

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