Doper son assurance-vie avec des placements dans des entreprises non cotées en Bourse, est-ce une bonne solution ?

Le capital-investissement permet aux épargnants de savoir précisément où leur argent est investi.

Après être longtemps restés à l’écart des fonds d’investissement en actions ou en obligations non cotés, les assureurs ont viré de bord il y a quelques années. Ils proposent désormais dans leurs contrats des produits financiers qui investissent dans cet univers peu accessible à l’épargnant lambda, souvent opaque et risqué. L’action (ou l’obligation) d’une entreprise non cotée en Bourse ne se traite pas simplement, car l’information n’est pas toujours disponible. En outre, il faut souvent du temps pour l’acheter et, surtout, la vendre.

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Pourquoi alors avoir ouvert la porte à ce type d’investissement, traditionnellement réservé à des investisseurs avisés ? Les assureurs ont d’abord été motivés par un changement de réglementation qui leur a permis d’intégrer de tels supports parmi leurs unités de compte et, surtout, de ne plus avoir à supporter seuls la liquidité de ces produits justement connus pour ne pas en apporter. Les investisseurs qui désirent en acquérir doivent en général signer un avenant à leur contrat d’assurance-vie précisant qu’ils acceptent de ne pas pouvoir vendre à tout moment ces fonds. En cas de sortie ou de décès, ils autorisent aussi l’assureur à livrer les parts de ces fonds plutôt que leur valeur en argent sonnant et trébuchant.

Très rentable

Pourquoi alors investir dans le non-coté en assurance-vie ? Parce que c’est très rentable, répondent les professionnels. « Le rendement moyen est supérieur à 10 % par an », affirme par exemple Christophe Deldycke, président de Turenne Groupe, une société qui gère plus d’un milliard d’euros en capital-investissement. Autre raison : l’assurance-vie rend ces fonds accessibles, alors qu’en direct il faudrait y placer, dans certains cas, au moins 100 000 euros pour pouvoir y accéder. Le capital-investissement permet aussi aux épargnants de savoir précisément où leur argent est investi, le plus souvent dans des PME en région qui lèvent des fonds pour financer leur croissance et leur développement. A l’heure où les épargnants désirent donner du sens à leurs investissements, c’est un point qui compte !

Avant d’y mettre ses économies, mieux vaut être sûr de ne pas avoir besoin de les récupérer au cours des cinq années à venir, et même le double si possible

Il ne s’agit pas pour autant d’un placement à mettre entre toutes les mains, car comme le bon vin, il a besoin de temps. « Il faut compter au moins cinq ans pour que les fonds auxquels les capitaux sont confiés parviennent à optimiser leurs investissements », précise M. Deldycke. Avant d’y mettre ses économies, mieux vaut donc être sûr de ne pas avoir besoin de les récupérer au cours de ces fameux cinq ans, et même le double si possible. Il faut en effet être patient pour espérer décrocher la rentabilité à deux chiffres que les professionnels laissent miroiter. Si la rentabilité à attendre d’un fonds qui investit dans l’univers du non-coté est intéressante, la liquidité reste le point faible de ces supports. Certains assureurs s’en arrangent. C’est le cas de Generali, qui s’engage à assurer cette liquidité à tout moment. « Dans le pire des cas, explique Hugues Aubry, en charge du marché de l’épargne et de la gestion de patrimoine et membre du comité exécutif de Generali France, nous récupérerons les fonds vendus par nos clients dans nos propres actifs ; ce qui ne pose aucun souci, car nous développons nous aussi nos investissements dans le non-coté. »

Malgré cela, il n’est pas possible d’investir dans ces supports comme dans les autres compartiments. La réglementation impose en effet un plafond pour le non-coté : il ne peut peser plus de 10 % de l’épargne constituée quand le capital est inférieur à 100 000 euros, et 50 % au-delà de 100 000 euros. Un pourcentage qui paraît largement suffisant dans le cadre d’une bonne diversification, indispensable pour réduire les risques et optimiser les performances à long terme.

Dettes privées

Si la plupart des contrats jouant la carte du non-coté ont choisi des fonds en actions pour représenter les investissements, ce n’est pas le cas de tous. La MACSF, mutuelle spécialisée dans le corps médical et sanitaire, vient ainsi d’intégrer un fonds de dettes privées non cotées (des obligations) dans son contrat. « Afin de maximiser le rendement, une fois remboursés par les entreprises, les prêts sont automatiquement réinvestis dans le fonds, de même que les intérêts payés sous forme de coupons. Ce dispositif a pour objectif d’atteindre une performance moyenne plus de deux fois supérieure au rendement annuel du fonds en euros », indique Roger Caniard, directeur financier du groupe MACSF. La part de cette unité de compte est plafonnée à 30 % du capital constitué par chaque détenteur du contrat.

Le fonds d’obligations non cotées, géré par Tikehau, vise quant à lui à faciliter le financement d’entreprises de taille intermédiaire, tant en France qu’en Europe, « qui présentent un potentiel de croissance important », indique la mutuelle. « Cet investissement, bénéficiant d’une démarche responsable pleinement intégrée, répond à la demande croissante des investisseurs individuels de donner du sens à leur épargne tout en bénéficiant d’une revalorisation régulière », précise Stéphane Dessirier, directeur général de MACSF. C’est une innovation de taille, car ce type d’investissement était jusqu’ici réservé aux seuls investisseurs institutionnels et professionnels.

Ce sont en général les contrats vendus sur Internet ou dans le cadre de la gestion de patrimoine qui proposent l’offre la plus large. Malgré tout, celle-ci ne dépasse pas une poignée de fonds. Un coup d’œil aux performances récentes de ces produits est indispensable avant de se lancer, car si de bons rendements peuvent être au rendez-vous, ils sont loin d’être garantis.