« Dr B. », de Daniel Birnbaum : les ambiguïtés de Stockholm

Le changement de la garde, à Stockholm, en Suède, dans les années 1930.

« Dr B. », de Daniel Birnbaum, traduit du suédois par Olivier Gouchet, Gallimard, 336 p., 22 €, numérique 16 €.

Stockholm, automne 1939. Alors que la Finlande résiste à l’offensive de l’Armée rouge et que, quelques mois plus tard, la Norvège et le Danemark seront envahis par la Wehrmacht, la Suède, elle, reste neutre. Elle le demeurera pendant toute la seconde guerre mondiale. Une position qui ne manque pas d’alimenter les interrogations. Que signifie-t-elle réellement, et quel a été le prix à payer pour demeurer hors du conflit ? La situation est en effet ambiguë : d’une part, le gouvernement suédois laisse, sans sourciller, passer par son territoire les trains de minerai de fer norvégien qui alimentent l’industrie d’armement allemande ; mais, d’autre part, le pays est devenu une terre d’asile pour de nombreux exilés, parmi lesquels des juifs allemands fuyant le nazisme. Dans la vie quotidienne, il n’est pas rare que des fonctionnaires du Reich et des intellectuels antinazis se croisent dans la rue ou se retrouvent à des tables voisines dans un bar d’hôtel ou au restaurant.

Dans la « Casablanca du Nord », comme on appelle à l’époque cette plaque tournante d’agents de toutes sortes, un journaliste allemand d’origine juive, arrivé avec un visa de séjour d’un an, marche sur des œufs. Comme tout le monde, il tient l’invasion du pays pour hautement probable, voire imminente. Mais, sans visa pour le Royaume-Uni ou pour les Etats-Unis, il n’a nulle part où aller et doit faire vivre sa famille. Sollicité par les uns et les autres, il se retrouve aspiré par un tourbillon d’intrigues, rendant des services dont il se serait bien passé. Bientôt, il se retrouve en prison, accusé d’espionnage au bénéfice de l’Allemagne.

Portrait psychologique

Ainsi commence et se termine le livre du Suédois Daniel Birnbaum. Du roman il n’a que la technique narrative, car l’histoire, elle, est vraie. C’est celle de son grand-père, un journaliste politique, qui signait « Dr B. » ses articles publiés dans la presse germanophone – surtout en Suisse. En s’appuyant sur les archives familiales, l’auteur a cherché à reconstituer les événements qui ont amené son grand-père – un antinazi convaincu pourtant, et qui savait parfaitement que la victoire de l’Allemagne signifierait sa propre perte et celle de ses proches – à dénoncer à mots couverts les activités d’un réseau britannique. Lequel réseau préparait un attentat visant à stopper le transport de minerai vers l’Allemagne.

Il vous reste 30.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.