DVD : « Les Amants traqués », le film qui a lancé la « persona » virile de Burt Lancaster

Robert Newton et Burt Lancaster dans « Les Amants traqués » (1948) , de Norman Foster.

C’est une petite perle, presque inconnue, du film noir que ressuscitent en DVD et Blu-ray, les éditions Rimini, en publiant Les Amants traqués, de Norman Foster. Réalisé en 1948 par un réalisateur plutôt anonyme, le film est tout à la fois un défi à la censure, une plongée dans le psychisme de l’après-guerre et une rampe de lancement pour une future star.

Ecrit en 1940 par le romancier britannique Gerald Butler mais publié aux Etats-Unis en 1946 seulement, Kiss the Blood off My Hands (littéralement « Efface le sang sur mes mains par tes baisers ») est un roman particulièrement noir et brutal, écrit à la première personne. Le narrateur est une brute dénuée d’empathie, mue par une violence incontrôlée. Le livre intéresse Burt Lancaster, qui y décèle les possibilités offertes par un personnage principal complexe et tourmenté. Il vient de créer sa propre société de production avec Harold Hecht, la Harold Hecht-Norma Productions. Joan Fontaine vient compléter le casting. Le scénario sera signé par Leonardo Bercovici d’après une adaptation du roman par Ben Maddow et Walter Bernstein. Et le film sera financé et distribué par Universal.

A la suite d’une bagarre qui a coûté la vie à un tenancier de bar, l’auteur du coup de poing mortel, Bill Saunders (Burt Lancaster), se réfugie chez une jeune femme, une infirmière vivant seule. Loin de le dénoncer à la police, celle-ci s’attache à lui et le cache, puis entreprend de l’intégrer à la société en lui trouvant du travail comme chauffeur-livreur de la clinique qui l’emploie. C’est l’immédiat après-guerre et les médicaments, denrées rares, font l’objet de trafics divers. Un malfrat (Robert Newton), témoin du meurtre accidentel, fait chanter Saunders en essayant de détourner une de ses cargaisons, rendant particulièrement abrupt le chemin d’une rédemption par l’amour.

Dimension masochiste

Comme un grand nombre de films de cette époque relevant de ce que l’on a baptisé « film noir », Les Amants traqués témoigne des difficultés de réinsertion des vétérans de la seconde guerre mondiale revenus traumatisés. La psyché de l’homme américain est malade. Le héros (ou plutôt l’anti-héros) du film est la proie d’accès de violence irrésistibles qui aliènent son comportement et précipitent son destin. Mais il est aussi possible de voir dans la description de ce destin implacablement marqué une réminiscence du réalisme poétique du cinéma français d’avant-guerre.

Il a été souligné, à juste titre en effet, les ressemblances entre le film de Norman Foster et le Quai des brumes, de Marcel Carné (1938). La dimension masochiste, souvent attachée aux personnages incarnés par Burt Lancaster, est ici soulignée par une séquence étonnante où Saunders subit un châtiment corporel (l’action se situe en Angleterre où ce genre de pratiques pénales étaient encore de mise jusqu’en 1948) constitué de coups de fouet. Le film rencontra un succès mitigé à sa sortie mais contribua non seulement à lancer la carrière de Burt Lancaster mais aussi à définir sa persona comme une figure virile, érotisée et enfantine à la fois.

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