Ebats et débats, quand le sexe devient un sujet de discorde

LE SEXE SELON MAÏA

Si presque tout le monde s’accorde à considérer la pratique sexuelle comme un jardin des délices, comment se fait-il que la conversation sur le sujet suscite autant d’incompréhensions et d’engueulades ? Plus le temps passe, plus je me pose la question – et plus je me dis que j’aurais dû me spécialiser en méditation tantrique et dégustation de thé vert.

Que l’on considère les discussions entre amants, entre amis, entre inconnus sur Twitter ou entre intellectuels par le biais de tribunes médiatiques, le sexe – censé nous accorder – est devenu un sujet de discorde. Où se mêlent positions extrêmes, mauvaise foi, différences irréconciliables, désaccords sur les mots…

En même temps, ça se comprend. Si « le sexe » évoque immédiatement la question des pratiques (le sexe qu’on fait), il inclut pourtant les questions de genre (le sexe qu’on a). Nous voilà rattrapés par les mathématiques les plus élémentaires : deux facettes du même thème = deux fois plus de malentendus. On ajoutera à cette très explosive pochette-surprise plusieurs facteurs aggravants : l’effet Cocotte-Minute (on sort de millénaires de tabous), l’effet Internet (l’anonymat favorise l’agressivité), l’effet « fleur de peau » (le sexe est intime, il nous rend vulnérables) et, bien sûr, une actualité sexuelle pas franchement réjouissante (ce qui dramatise les enjeux).

Résultat : on s’embrouille, pour le meilleur et pour le pire, sur la culture du viol, le Kamasutra, la baisse de libido, les risques du porno, la banalisation des sex-toys, le nombre de lettres dans le sigle LGBTQIA +, et puis Mars, Vénus, le sens du vent… La conversation est-elle pour autant devenue impossible – sauf entre deux personnes d’accord sur tout ? Je suis convaincue du contraire. Le débat est toujours fructueux… à condition de troquer les bazookas contre les règles d’or de la courtoisie et de l’ouverture de chakras.

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Aucun malaise ne justifie l’agressivité

Commençons, justement, par cette histoire de bazookas. Afin de ne pas transformer nos conversations en guerre des tranchées, veillons à ne jamais confondre le fond (parfois violent : la guerre des sexes, la culture du viol, la LGBTphobie…) et la forme. Rien dans la sexualité – vraiment rien – ne justifie qu’on humilie les fétichistes, qu’on traite de « malades » les adeptes de sadomasochisme, qu’on s’en prenne aux victimes de violences sexuelles (« elle l’a bien cherché ») ou qu’on appelle à « pendre les homos ». Petit rappel en passant : les appels à la haine et aux meurtres sont illégaux et punis par la loi.

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