« Ecoute, jolie Marcia », « Le jour où j’ai rencontré Ben Laden », « Asphalt Blues »… Des albums BD à dévorer

LA LISTE DE LA MATINALE

Rio de Janeiro, Tananarive, le Pakistan, les îles Kerguelen… Notre liste de septembre fait la part belle aux destinations lointaines.

« Ecoute, jolie Marcia » : tragi-comédie sur fond de violence urbaine

Chroniqueur implacable de la société brésilienne, Marcello Quintanilha (Tungstène, Talc de verre) livre un nouveau récit mêlant truculence et gravité, sa marque de fabrique. Son héroïne, Marcia, infirmière dans un hôpital de Rio de Janeiro, se trouve confrontée à un gang de quartier avec lequel fricote imprudemment sa fille Jaqueline, jeune femme désinvolte à la langue bien pendue. Aux scènes pittoresques de la vie dans une favela, l’auteur annexe une construction dramatique sur le thème de la violence quotidienne, à travers les agissements d’une milice armée, censée protéger les habitants. On rit, on pleure à la lecture de cet épatant objet graphique, enluminé de couleurs carnavalesques qui accentuent le hiatus entre comédie et tragédie. Frédéric Potet

Ecoute, jolie Marcia, de Marcello Quintanilha, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, Çà et là, 120 p., 20 euros.

« Tananarive » : road trip gériatrique

Amédée Petit-Jean est un notaire à la retraite ; Joseph Seigneur, un aventurier sur le retour, passé par Dien Bien Phu, Caracas, Macao… En tout cas, c’est ce qu’il raconte à son voisin. Un jour, « Jo » décède. Effondré, Amédée se met en tête de retrouver les héritiers de son ami. Sauf que « Jo » n’est pas né à Tananarive, comme il le prétendait, mais dans les Ardennes… Road trip gériatrique à bord d’un vieux coupé Triumph, Tananarive raconte avec délicatesse la quête d’un retraité chauve et bedonnant, emporté par amitié dans une aventure qui le dépasse mais où il va se découvrir lui aussi une âme de boucanier. Superbement rythmé, l’album allie l’humour de la série Les Vieux Fourneaux à la poésie d’un Frank Pé. Le dessin semi-réaliste de Sylvain Vallée n’a jamais été aussi séduisant. Cédric Pietralunga

Tananarive, de Sylvain Vallée et Mark Eacersall, Glénat, 120 p., 19,50 euros.

« René.e aux bois dormants » : fantasmagorie esthétique et politique

C’est sans conteste un des albums les plus déroutants et les plus beaux de la rentrée littéraire. René.e aux bois dormants suit l’histoire d’un petit garçon hypersensible qui a perdu son lapin en peluche. Ne vous y trompez pas : sous des atours enfantins se cache une fantasmagorie esthétique et politique dont les méandres n’ont rien à envier à Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll. Le voyage auquel invite l’autrice Elene Usdin est une rêverie éveillée, teintée de progressisme écologique et social, qui aborde la transidentité par le biais de la transgression et la transcendance. Le dessin, d’une vertigineuse beauté, est pour beaucoup dans l’immense réussite de cette œuvre en tout point originale. Alexis Duval

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