Edita Gruberova, légendaire cantatrice slovaque, est morte

La cantatrice slovaque Edita Gruberova sur scène à Rome (Italie) en 1993.

Elle possédait tout, la puissance, le feu, la perfection technique, un timbre d’une densité exceptionnelle, une incomparable agilité dans l’extrême-aigu (jusqu’au contre-sol dans sa grande période) qui en fit la grande soprano colorature de sa génération : Edita Gruberova, est morte à Zurich le 18 octobre, à l’âge de 74 ans. En cinquante ans d’une carrière menée sur les plus grandes scènes internationales, la cantatrice slovaque se sera notamment illustrée dans Mozart, dont elle fut une Reine de la Nuit d’anthologie (un rôle interprété 148 fois, dont 70 rien qu’au Staatsoper de Vienne), dans Richard Strauss, dont elle reste « la » Zerbinette d’Ariane à Naxos, mais aussi dans le répertoire verdien – une Traviata tout à la fois aérienne et lyrique – et jusqu’aux rivages du bel canto (elle incarnera une flamboyante Lucia di Lammermoor).

Née le 23 décembre 1946 à Bratislava, alors en Tchécoslovaquie, Edita Gruberova qui chante dans un chœur d’enfants dès 1959 est initiée à 15 ans par le pasteur de l’église protestante de Raca, le docteur Julius Janko, au piano et au chant. L’enseignement se poursuit au Conservatoire de sa ville natale où elle travaille avec Maria Medvecka, qui l’initie au rôle de la Reine de la Nuit. Elle intègre ensuite l’Académie des arts du spectacle de Bratislava. Edita Gruberova, chantant au sein de l’ensemble folklorique Lucnica tout en se produisant au Théâtre national slovaque où elle fait ses débuts en février 1968 en Rosina du Barbier de Séville, de Rossini. C’est durant cette période qu’elle remporte le troisième prix d’un concours de chant à Toulouse avant d’être engagée en décembre au Théâtre de Banska Bystrica, en Slovaquie, dans La Traviata. Elle y restera durant deux ans, abordant les quatre rôles féminins des Contes d’Hoffmann, d’Offenbach, et celui de Gilda dans le Rigoletto, de Verdi.

Reine à l’ouest

En 1970, sa première Reine de la Nuit au Wiener Staatsoper est un triomphe : devenue reine à l’Ouest, Edita Gruberova s’exile en 1971, fuyant la Tchécoslovaquie communiste. Elle n’y reviendra qu’en 1979, lors d’une tournée avec l’Opéra de Vienne. C’est également dans ce rôle qu’elle conquiert le Festival de Glyndebourne en 1973 puis le Festival de Salzbourg en 1974 sous la direction d’Herbert von Karajan, avant le Metropolitan Opera de New York en 1977. Une Reine de la Nuit qu’elle enregistrera à trois reprises en studio : sous la direction d’Alain Lombard (Barclay), Bernard Haitink (EMI-Warner Classics), Nikolaus Harnoncourt (Teldec-Warner Classics).

Il vous reste 58.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.