Edition : la croissance hors norme des mangas en France

« Le manga représente une vente de BD sur deux », constate Camille Oriot, consultante livre chez GfK.

Si un seul secteur se porte comme un charme dans l’édition, c’est celui des mangas. En France, le marché explose : il a plus que doublé en valeur (+ 124 %, à 212,7 millions d’euros, selon GfK Market Intelligence) entre les huit premiers mois de 2021 et ceux de 2020. « Depuis six ans, il progressait déjà fortement », remarque Ahmed Agne, directeur éditorial de Ki-oon, une maison indépendante qui a écoulé le dernier tome de My Hero Academia à 2,1 millions d’exemplaires depuis janvier. Le mouvement s’accélère. « Le manga représente une vente de BD sur deux. Près de 29 millions d’exemplaires ont été achetés entre janvier et fin août 2021, soit un bond de 126 % par rapport à la même période en 2020 », constate Camille Oriot, consultante livre chez GfK.

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Les confinements ont favorisé la lecture. Cependant, « ce qui étonne, c’est la rapidité et la violence de cette croissance hors norme », souligne Stéphane Beaujean, directeur éditorial de Dupuis. A ses yeux, « le contrecoup de la pandémie [de Covid-19] a dopé cette industrie du divertissement extrêmement bien rodée ». La déclinaison des mangas en dessins animés sur Netflix ou sur les plates-formes spécialisées en animation comme Wakanim, ADN ou Crunchyroll leur apporte une visibilité nouvelle et, par ricochet, de nouveaux lecteurs. « Leur force est qu’ils soient déclinés en livres, dessins animés, jeux vidéo et produits de merchandising, assure Ahmed Agne. Ce que n’a pas su faire la BD franco-belge. »

« One Piece », la série la plus vendue de tous les temps, affiche 23 millions d’exemplaires vendus en France depuis sa parution en 2000 et plus de 480 millions dans le monde

Les dessins animés issus des mangas sont « très addictifs », note Christel Hoolans, PDG de Dargaud-Lombard et directrice générale de Kana. « Créé sur le modèle du feuilleton, chaque épisode appelle la suite. » Le rythme de parution très élevé permet aussi « de nourrir en permanence le lecteur en nouveauté ». Leur médiatisation est enfin « savamment orchestrée sur les réseaux sociaux », ajoute Satoko Inaba, directrice éditoriale manga de Glénat.

« Cette explosion s’explique aussi par la proposition de séries très fortes », observe-t-elle. Pour preuve, One Piece, la série la plus vendue de tous les temps, affiche 23 millions d’exemplaires vendus en France depuis sa parution en 2000 et plus de 480 millions dans le monde.

L’offre s’est étoffée

Les récits genrés, stéréotypés, de la pop culture nippone ont évolué. L’offre, longtemps cantonnée au shonen (des héros qui se bagarrent, pour les jeunes garçons) et, dans une moindre mesure, au shojo (pour les jeunes filles) et au seinen (pour les adultes), s’est étoffée et concerne une plus large typologie de lecteurs.

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