ELA, le syndicat basque qui a placé la transition écologique au cœur de sa stratégie

Les dirigeants d’ELA, Mitxel Lakuntza (à droite) et Leire Txakartegi, à Saint-Sébastien (Pays basque espagnol), le 12 octobre 2021.

Transformer radicalement le modèle productif face à l’urgence climatique. Dès son point 2 (sur trente-six), dans la résolution d’orientation qui sera votée par les 750 délégués de son prochain congrès, lequel se tiendra à Bilbao, les 24 et 25 novembre, le syndicat Euskal Langileen Alkartasuna (Solidarité des travailleurs et travailleuses basques – ELA) aborde la question de la transition écologique.

C’est donc une priorité pour le syndicat basque, qui avance « la nécessité d’un changement de système de production, de distribution et de consommation permettant de répondre à la nécessité de faire décroître l’utilisation des ressources ». Cette mue du syndicat en faveur d’une « transformation sociale, écologiste, démocratique et féministe » ne date pas d’hier. Elle n’est pas anodine pour ELA, qui est le premier syndicat du Pays basque, avec 36,08 % des délégués, devant les Commissions ouvrières (19,95 %), LAB (Langile Abertzaleen Batzordeak, Comité des travailleurs patriotes basques), autre syndicat basque dans la mouvance nationaliste (19,29 %), et l’Union générale des travailleurs (réputée proche du Parti socialiste ouvrier espagnol, le PSOE), à 14,17 %… ELA revendiquait 100 925 militants à jour de cotisation en août 2021, un nombre appréciable rapporté au million de travailleurs que compte le Pays basque.

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Dans cette région, marquée par son passé minier, sidérurgique et naval, et où l’industrie (énergie, transports…) reste importante, ELA ne semble pas souffrir de son engagement écologique. « Il est difficile de savoir si notre positionnement écologiste nous apporte des voix ou nous en fait perdre, souligne Mitxel Lakuntza, l’actuel secrétaire général, âgé de 45 ans – et candidat à un nouveau mandat. Mais nous ne pouvons pas proposer notre projet de société aux travailleurs sans intégrer cette question essentielle. »

« Une critique globale du système »

Pour autant, la question environnementale n’est pas toujours l’élément principal mis en avant par le syndicat. Mercredi 20 octobre, à la sortie de l’entreprise ATP Aero (1 200 salariés), qui fabrique des turbines pour les moteurs d’avion Rolls-Royce, à proximité de l’aéroport de Bilbao, Mickael Carrero, 46 ans, assure que c’est à l’entreprise de penser la mutation du secteur. « Ce n’est pas au syndicat de le faire. Lui doit se concentrer sur nos conditions de travail. »

Gaizka Aldazabal, délégué syndical ELA – qui compte onze des vingt-trois délégués de l’entreprise –, le confirme. « Il y a des licenciements, et ce que les travailleurs attendent de nous, c’est qu’on les défende. Et ELA apparaît comme le syndicat indépendant, intègre et proposant une critique globale du système », affirme ce syndicaliste de 42 ans.

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