Election présidentielle 2022 : comment le pouvoir d’achat est devenu la grande peur du gouvernement

Emmanuel Macron et Jean Castex arrivent au palais de l’Elysée pour présenter le plan « France 2030 », à Paris, le 12 octobre 2021.

C’est une de ces passes d’armes dont les cabinets ministériels ont le secret. Depuis la rentrée, un débat politique et budgétaire sensible s’est réinvité dans les discussions de l’exécutif : le pouvoir d’achat. A la fin de l’été, le cours des matières premières flambe, en particulier le pétrole et le gaz, tirant à son tour l’électricité, et cela commence à peser dans le portefeuille des Français. En septembre, le gouvernement a déjà revalorisé le « chèque énergie » de 100 euros, et encadré les prix du gaz et de l’électricité. Mais voilà que le prix de l’essence s’envole, lui aussi. Comme en 2018, au moment de la crise des « gilets jaunes ». Le manque de réactivité du pouvoir face au début de fronde avait alors été pointé du doigt, le premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, se montrant inflexible. Pas question de reproduire la même erreur, trois ans après. Emmanuel Macron veut parer au plus vite à la grogne.

Le 14 octobre, le chef de l’Etat saisit l’occasion d’un déplacement en Seine-Saint-Denis pour promettre devant les caméras une « action de court terme » afin de « ne laisser personne dans le désarroi ». Les jours suivants, les ministres se succèdent dans les médias pour mouliner des hypothèses : une baisse d’impôt sur les carburants, un chèque, voire une combinaison des deux ? Le sujet est loin d’être simple. Comment être certain d’aider les automobilistes les plus modestes, et pas les propriétaires de SUV ? Comment soulager le portefeuille des ménages sans encourager la consommation d’énergies fossiles ?

Surtout, comment débloquer une aide sans alimenter les critiques de ceux qui, à l’image du président Les Républicains de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, accusent l’exécutif de « faire campagne avec le carnet de chèques » à l’approche de l’élection présidentielle de 2022 ? En petit comité, le premier ministre, Jean Castex, assume. « Je ne vais pas poser le crayon, sous prétexte qu’il y a des échéances électorales », justifie-t-il.

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Opposition de Bercy

Seulement voilà : cela fait des mois que Bercy annonce la fin du « quoi qu’il en coûte ». Le puissant ministère des finances vient tout juste de couper, fin septembre, le robinet des aides d’urgence pour les entreprises, après dix-huit mois de soutien ininterrompu lié à la crise due au Covid-19 et à ses conséquences économiques et sociales. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, répète à l’envi que la France, avec sa dette équivalant à 114 % de la richesse nationale, peut à tout moment se trouver en proie à la voracité des marchés financiers. Son administration préférerait que le gouvernement ne cherche pas à combler tous les trous dans la coque du pouvoir d’achat des ménages. Sinon, on n’en finira jamais.

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