Elections : les enjeux du rendez-vous allemand

Editorial du « Monde ». Dans moins de deux semaines, le 26 septembre, les Allemands éliront un nouveau Bundestag, d’où seront issus la prochaine coalition gouvernementale et le chancelier, ou la chancelière, qui succédera à Angela Merkel. Cette campagne électorale est donc doublement importante : par le renouvellement de la coalition qu’elle annonce, et par la page que l’Allemagne s’apprête à tourner après le départ d’une chancelière à la longévité exceptionnelle en Europe – quatre mandats, soit seize ans au pouvoir.

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De toute évidence, l’Allemagne a du mal à tourner cette page. La fameuse « Stabilität » qui a fait sa prospérité ces trois dernières décennies a repris ses droits dans un paysage politique perturbé, au cours de l’année, par l’ascension des Verts et l’effondrement de la CDU-CSU, le parti démocrate-chrétien de Mme Merkel, puis la remontée des sociaux-démocrates du SPD. Si l’on en croit les derniers sondages, les intentions de vote semblent désormais stabilisées autour de 26 % pour le SPD, 21 % pour la CDU, 16 % pour les Verts et 12 % pour les libéraux du FDP.

Mené par Olaf Scholz, le SPD fait donc la course en tête, mais sans oser présenter une véritable alternative : tout en proposant un programme plus social que le centre droit, Olaf Scholz, ministre des finances dans la coalition gouvernementale actuelle SPD-CDU, fait campagne sur le thème de la continuité, allant même jusqu’à promettre, sur l’une de ses affiches, qu’il pourra être « la chancelière ».

Personnalisation

Pour compenser l’affaiblissement des deux grands partis de centre droit et de centre gauche, la campagne a été marquée par la personnalisation du combat électoral, largement dominé par les trois principaux candidats à la chancellerie, Olaf Scholz, Armin Laschet pour la CDU et Annalena Baerbock pour les Verts. En difficulté, car distancé par Olaf Scholz, Armin Laschet a nettement durci le ton ces derniers jours et fait monter la tension ; le choc de ses attaques est cependant amorti par le fait que son parti a partagé le pouvoir avec le SPD pendant douze des seize années que Mme Merkel a passées à la chancellerie.

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C’est l’envers de la médaille du système parlementaire allemand, qui favorise la stabilité et, du coup, ne permet pas de ruptures. Il est trop tôt pour spéculer sur les composantes de la future coalition, qui, si les urnes confirment les sondages, devrait compter plutôt trois partis que deux afin de réunir une majorité absolue au Parlement. Mais, si le débat télévisé qui a opposé, dimanche soir 12 septembre, les trois candidats des partis en tête est un signe, c’est que l’Allemagne souhaite avant tout rester dans sa zone de confort. M. Scholz a rassuré par son calme, sa maîtrise des dossiers et un manque de charisme très merkélien. Malgré sa combativité, M. Laschet ne semble pas avoir remonté la pente. Et si les téléspectateurs ont apprécié l’énergie de Mme Baerbock, c’est elle qu’ils ont trouvée la moins convaincante.

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Le danger allemand est que l’atout de la stabilité se transforme en handicap du statu quo. Les échanges des trois candidats l’ont pourtant montré : les retards de l’Allemagne – première économie européenne – dans des domaines comme la numérisation et les infrastructures la rendent vulnérable. Le durcissement de la Chine remet en question son modèle économique tourné vers l’exportation. Pourtant, il n’a été question dimanche soir ni de l’Europe, ni de la défense, ni de la Chine. A bien des égards, cette campagne allemande n’est pas à la hauteur des défis du monde de 2021.

Le Monde