Emile Zola, l’humanisme à l’épreuve de l’humain

Emile Zola, photographié par Pierre Petit, à Paris, en 1893.

Les mots d’Emile Zola ont un goût, un parfum, une couleur, un mouvement. Ils fixent, dans Germinal, l’âpreté de combats sans retour. Ils drapent l’enjôleuse Nana des capiteux effluves du scandale. Qu’ils dépeignent, dans L’Assommoir, la sombre impasse de la misère, ils dénoncent aussi, dans Au bonheur des dames, les dangers d’un consumérisme galopant. Mais, toujours, les mots d’Emile Zola portent la réalité aux consciences et l’espoir au cœur. C’est le combat d’une vie d’écrivain, animé d’une foi en l’humanité, dont la collection du Monde réunit aujourd’hui les œuvres complètes, dans l’édition ne varietur de 1906. Ses nombreux romans, dont la fresque des Rougon-Macquart, ses nouvelles, son théâtre, ses écrits sur l’art, comme ses poignants plaidoyers, y scellent l’universalité de l’indomptable auteur dont les indignations et les interrogations s’avèrent d’une flagrante modernité.

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En journaliste, en critique d’art, en romancier naturaliste, Zola observe, dépeint et analyse la société à l’aune de ses paradoxes, de ses vérités cachées, de ses souffrances. Et jamais, dans ses combats, il ne minore l’essentiel : la beauté du vivant. Ainsi, au mépris de sa propre gloire, il se battra pour un homme qu’il ne connaît pas, le capitaine Dreyfus, au seul nom du droit et de la justice, contre la forfaiture et la raison d’Etat, s’exposant au harcèlement de cruelles caricatures. Après sa disparition, à l’heure de voter, au Sénat, la translation de ses cendres au Panthéon, Georges Clemenceau ne manquera pas de rappeler ce que Zola nous a légué : « On a trouvé des hommes pour résister aux rois (…) on a trouvé très peu d’hommes pour résister aux foules, (…) pour oser, quand on exige un oui, lever la tête et dire non. Voilà ce que Zola a fait»

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Tel est le terreau humaniste et le creuset d’émotions où l’écrivain a forgé son action et partagé, à l’envi, le légitime besoin de justice et de vérité, qui soude, par-delà les générations, l’indispensable disparité d’une nation. Cet héritage reste vivant. S’il habite tous les textes, réunis par Le Monde, il se lit aussi dans les murs qui en furent l’écrin et le havre paisible. Sa maison à Médan, fermée depuis 2011, rouvre ses portes le 28 octobre, entièrement restaurée grâce à la fidèle détermination de Martine Le Blond-Zola, arrière-petite-fille de l’écrivain, et au soutien actif de feu Pierre Bergé. La création du Musée Dreyfus y donne corps à « J’accuse !… », incarnant ce « moment de la conscience humaine » qu’Anatole France saluait en l’écrivain. Car Zola est tout cela à la fois, plus que jamais capable de montrer combien les luttes d’hier pour la vérité et la justice restent d’actualité. Son Germinal, adapté aujourd’hui au petit écran par le scénariste Julien Lilti, en souligne l’inaltérable énergie. Car, par ses mots, par leur goût, leur parfum, leur couleur et leur mouvement, Emile Zola porte la mémoire des libertés à conquérir et l’indispensable résistance de l’espoir.

Retrouvez la collection « Emile Zola » publiée par « Le Monde » sur www.collection-zola.com

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