Emmanuel Cappellin, le documentariste qui en savait trop sur l’avenir de la planète

Le réalisateur Emmanuel Cappellin, le 11 septembre, à Montreuil.

Devant la salle pleine du cinéma Comoedia, à Lyon, Emmanuel Cappellin a l’air serein. Pourtant, les insomnies le guettent depuis qu’il a 26 ans, moment où il a pris conscience de la profondeur de la crise climatique. Douze ans plus tard, avec sa voix douce et son regard bienveillant, le réalisateur de documentaires est venu présenter son film, Une fois que tu sais (sortie le 22 septembre), sur lequel il a travaillé huit ans grâce au budget levé par des campagnes de crowdfunding.

Cela dure une heure quarante-quatre minutes, dont quatre de générique pour remercier les donateurs. Cappellin questionne des héritiers du rapport Meadows (« Les limites à la croissance ») qui envisageait, en 1972, des scénarios possibles d’effondrement de notre civilisation à la suite de changements climatiques. Journaliste, géographe, rapporteur du GIEC, ingénieur dévoilent les stratégies intimes qu’ils ont développées pour vivre au quotidien depuis qu’ils savent que leur monde est menacé. Un « savoir toxique », comme l’appelle Emmanuel Cappellin.

Une prise de conscience fondatrice

Gamin élevé entre Triel-sur-Seine (Yvelines) et Paris, il partage ses semaines entre « sa mère, sculptrice et bijoutière, et son père, également sculpteur ». Chez la première, il se sensibilise aux odeurs de la forêt, fréquente une école Freinet, où ses instituteurs (qu’il découvrira plus tard anarchistes militants) lui apprennent la médiation entre enfants et la mise en projets de ses idées. Avec son père, qui n’a pas de voiture, faute de moyens, il parcourt la France à vélo et en canoë. Dès le collège, il prend des cours de biologie, par passion.

« On ne sait pas faire sans croissance et pourtant notre planète est limitée. » Emmanuel Cappellin

A l’adolescence, sa mère l’embarque avec son frère à San Francisco. Baskets Nike aux pieds, il se laisse bercer par la devise « Sky is the limit ». « Les paysages sont immenses là-bas, observe-t-il. Normal que les Américains pensent que la planète a des ressources illimitées. » Lui n’y croit pas longtemps. Après des études de sciences de l’environnement à Montréal, une formation à la réalisation et à la production à Berkeley, et un détour par la photo argentique, il se lance dans la réalisation de documentaires sur l’environnement. Pour subvenir à ses besoins, il devient chef opérateur de Yann Arthus-Bertrand.

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En 2009, lors du tournage de Témoins du climat, un spécialiste des coraux lui raconte la dépression qui touche ses enfants depuis qu’ils ont compris la puissance du changement climatique. La prise de conscience a lieu. Les sensations qu’il a engrangées depuis l’enfance, sa lecture du rapport Meadows, ses rencontres avec les victimes du climat… les pièces de son puzzle intérieur se mettent en place.

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