Emmanuel Macron, président-candidat en campagne pour 2022

Editorial du « Monde ». La reprise est là, mais le virus aussi. Confronté à la réalité d’une quatrième vague, qui menace de transformer son quinquennat en une interminable crise, Emmanuel Macron a choisi la posture du combattant. Son allocution télévisée, lundi 12 juillet, était entièrement axée sur l’éradication de l’épidémie et le redressement du pays, conçus dans un même mouvement destiné à enjamber l’échéance présidentielle.

Prononcée en dehors des murs de l’Elysée, devant une tour Eiffel qui symbolisait la verticalité du pouvoir, elle ressemblait aussi bien à un discours de chef d’Etat qu’à un plaidoyer de candidat, mêlant étroitement l’affirmation de l’autorité présidentielle, l’appel au civisme et l’exaltation du patriotisme, dans un récit qui se voulait à la fois volontaire et cohérent : grâce au vaccin, la France peut s’en sortir rapidement. Encore faut-il que les récalcitrants jouent le jeu, puis que le pays retrousse ses manches pour travailler plus, produire plus et rembourser ses dettes sans avoir à supporter de nouveaux prélèvements.

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Longtemps, la question de la vaccination obligatoire est restée taboue dans un pays farouchement attaché aux libertés individuelles. Mais, devant la menace d’une reprise épidémique qui a déjà conduit à rétablir l’état d’urgence sanitaire en Martinique et à La Réunion, les esprits ont évolué. Le chef de l’Etat a donc pu annoncer, sans soulever un tollé, une mesure coercitive de portée relativement large : dès le 15 septembre, la vaccination sera obligatoire pour les personnels soignants et non soignants des hôpitaux, cliniques, Ehpad et maisons de retraite, ainsi que pour les professionnels et bénévoles travaillant auprès des personnes âgées, y compris à domicile.

Prendre de vitesse ses adversaires

Dans le reste de la population, le pourcentage de non-vaccinés reste encore important, notamment chez les jeunes et dans la tranche d’âge comprise entre 50 ans et 64 ans. L’appel « solennel » que leur a lancé le chef de l’Etat se double de mesures fortement incitatives : dès le 21 juillet, les plus de 12 ans devront en effet produire un passe sanitaire (test Covid négatif ou attestation de vaccination) pour pouvoir accéder à des lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes.

Début août, ce passe sera étendu aux cafés, restaurants, centres commerciaux, ainsi qu’aux avions, trains, cars longs trajets, et aux établissements médicaux. Comme les tests PCR deviendront payants à compter de l’automne (sauf ceux délivrés sur prescription médicale), le vaccin sera la solution la plus simple pour espérer avoir une vie sociale.

En maniant ainsi la carotte et le bâton, Emmanuel Macron joue de sa stature présidentielle au moment où le pays goûte à la reprise économique et ne veut en aucun cas retomber dans le couvre-feu ou le confinement. Dans la foulée, il tente de prendre de vitesse ses adversaires, de droite et de gauche, sortis vainqueurs du scrutin régional de juin, mais enlisés dans la difficile sélection de leurs candidats à la présidentielle : réforme de l’assurance-chômage puis réforme des retraites, création d’un « revenu d’engagement » pour les jeunes sans emploi et sans formation, meilleure prise en charge des « aînés » et des personnes en situation de handicap, le président-candidat a commencé à égrener son projet en lissant les sujets qui fâchent et en concentrant l’effort sur la reprise de la production qu’il a teinte aux couleurs tricolores. Le ton de la prochaine campagne présidentielle a été donné, plus souverainiste que celui de 2017.

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Le Monde