Emmy Awards 2021 : « The Crown » écrase toute concurrence et hisse Netflix en tête de la compétition

Olivia Colman reçoit l’Emmy de la meilleure actrice pour la série « The Crown » lors de la cérémonie des Emmy Awards, le 19 septembre 2021.

La passion du public mondial – et notamment américain – pour les déboires de la famille royale anglaise ne s’est pas démentie, dimanche 19 septembre, lors de la 73e édition des Emmy Awards, les « Oscars » de la télévision américaine. Lors d’une cérémonie qui s’est à nouveau tenue en public, à Los Angeles, la série de Netflix The Crown a réalisé un grand chelem dans les catégories où elle était éligible : sept statuettes sur sept.

Sacrée meilleure série dramatique, elle a également obtenu la meilleure réalisation, le meilleur scénario, la meilleure actrice (Olivia Colman, qui interprète Elizabeth II), le meilleur acteur (Josh O’Connor, le prince Charles), etc.

Josh O'Connor, a remporté l’Emmy du meilleur acteur pour la série « The Crown » lors de la 73e cérémonie des Emmys, à Los Angeles, le 19 septembre 2021.

Première conséquence sur l’équilibre des forces : le géant du streaming Netflix parvient enfin à se hisser sur le haut du podium, avec neuf récompenses. Il n’est toutefois pas seul : la chaîne à péage HBO, devenue plate-forme (HBO Max), est également, une nouvelle fois, en tête, avec le même nombre de statuettes.

Les deux diffuseurs ne laissent que quelques miettes à la concurrence. Disney+ repart presque bredouille, sans aucune récompense pour ses créations originales (The Mandalorian, WandaVision). Seule la diffusion de la comédie musicale Hamilton lui a valu de monter sur la scène. Apple TV+ sauve la mise grâce à Ted Lasso, sa série « feel good » sur un entraîneur de football américain nommé à la tête d’une équipe de football en Angleterre : meilleure comédie mais aussi meilleur acteur (Jason Sudeikis). Amazon Prime Video repart bredouille.

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Deuxième conséquence, l’étrange impression d’assister aux récompenses de la télévision britannique – une antenne de la cérémonie avait d’ailleurs été installée à Londres pour les nommés qui n’avaient pu se déplacer en raison des restrictions de déplacements maintenues par l’administration Biden –, avec un défilé d’acteurs, d’actrices et de créateurs venus d’outre-Atlantique.

Au-delà de l’équipe de The Crown, Kate Winslet a été sacrée meilleure actrice dans une minisérie pour son rôle de policière en Pennsylvanie dans Mare of Easttown (HBO, OCS en France), et Ewan McGregor meilleur acteur pour Halston (Netflix). Micheala Coel, créatrice et actrice de I May Destroy You, a obtenu le prix du meilleur scénario pour une minisérie. Sans compter les seconds rôles de Ted Lasso (Apple TV+), qui se déroule à Londres (Hannah Waddingham et Brett Goldstein).

Kate Winslet reçoit l’Emmy de meilleure actrice pour la minisérie « Mare of Easttown » lors de la cérémonie des Emmy Awards, le 19 septembre 2021.

L’ouverture à la diversité n’a pas dépassé les discours d’intention

Dernière conséquence : l’ouverture inédite à la diversité promise par la cérémonie n’aura pas vraiment dépassé les discours d’intention et les nominations. « Il est formidable de voir que la télévision et les histoires que nous racontons deviennent enfin le reflet de chaque partie de notre société. Les voix des créateurs noirs, latinos, asiatiques-américains et autochtones, ainsi que les communautés LGBTQ, neurodiverses et handicapées sont entendues par un public plus large que jamais », s’est félicité sur scène le président de l’Académie de la télévision américaine, Frank Scherma.

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De fait, un Afro-Américain, l’acteur comique Cedric the Entertainer, a assuré la présentation de la cérémonie, et les acteurs ou actrices noirs étaient très présents dans de nombreuses catégories (et même majoritaires pour le meilleur acteur dans une série dramatique, notamment). Mais ils repartent tous bredouilles, tout comme les séries portant précisément ces voix, à l’instar de Underground Railroad (Amazon Prime Video), vision onirique des réseaux permettant aux esclaves de fuir les plantations dans l’Amérique du XIXe siècle, Lovecraft Country (HBO, OCS en France), relecture fantastique de l’Amérique ségréguée des années 1950, ou encore Pose (FX, Canal+ Séries en France), sur la scène underground noire et latino du New York des années 1980.

Des oublis à l’image d’une cérémonie très peu politique, accalmie notable après l’hystérie des années Trump, lorsque, des Emmys aux Oscars, chaque passage au micro donnait lieu à une surenchère de déclarations enflammées des personnalités d’Hollywood. Elles ont laissé place aux déclarations consensuelles de Julianne Nicholson (meilleur second rôle dans une minisérie ou téléfilm dans Mare of Easttown), qui a dédié son prix à « toutes les femmes à Philadelphie, à Kaboul et au Texas ou ailleurs qui luttent, ont parfois du mal à être heureuses, réalisent que la vie peut être dure parfois, mais ne s’arrêtent jamais, ne perdent jamais espoir, n’abandonnent jamais, ne renoncent jamais », ou de Lucia Aniello (meilleur scénario et meilleure réalisation pour une comédie avec Hacks) : « Nous voulions écrire une série qui honore tous ceux qui ont eu du mal à raconter leurs histoires, en particulier les femmes qui n’ont jamais pu raconter leurs histoires parce que le monde ne les écoutait pas. »

Et à l’humour de la drolatique Jennifer Coolidge, venue remettre le prix du meilleur acteur dans une comédie : « Tous ces merveilleux nominés, vous savez, sont des acteurs très, très drôles et incroyablement talentueux, mais ils ont autre chose en commun. Ah, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, vous avez surmonté l’incroyable handicap dans ce métier qu’est le fait d’être un homme. Bravo messieurs. »

Une cérémonie apaisée, donc, et sans grande surprise – si ce n’est la victoire du Jeu de la dame dans une catégorie très disputée – ni grande émotion, sauf, peut-être, lors de l’ovation debout à Jean Smart, meilleure actrice dans une comédie (Hacks), et grande dame de la télévision américaine qui opère depuis quelques années un retour fracassant sur le devant de la scène (elle était également nommée cette année pour son rôle dans Mare of Easttown).

Le palmarès

  • Série dramatique : The Crown
  • Comédie : Ted Lasso
  • Acteur dans une série dramatique : Josh O’Connor, The Crown
  • Actrice dans une série dramatique : Olivia Colman, The Crown
  • Acteur dans un second rôle (série dramatique) : Tobias Menzies, The Crown
  • Actrice dans un second rôle (série dramatique) : Gillian Anderson, The Crown
  • Acteur dans une comédie : Jason Sudeikis, Ted Lasso
  • Actrice dans une comédie : Jean Smart, Hacks
  • Acteur dans un second rôle (comédie) : Brett Goldstein, Ted Lasso
  • Actrice dans un second rôle (comédie) : Hannah Waddingham, Ted Lasso
  • Réalisation (série dramatique) : The Crown
  • Réalisation (comédie) : Hacks
  • Réalisation (minisérie, téléfilm) : Le Jeu de la dame
  • Scénario (série dramatique) : The Crown
  • Scénario (comédie) : Hacks
  • Scénario (minisérie, téléfilm) : Michaela Coel, I May Destroy You
  • Scénario (émission de divertissement) : Last Week Tonight with John Oliver
  • Minisérie : Le Jeu de la dame
  • Acteur dans une minisérie ou un téléfilm : Ewan McGregor, Halston
  • Actrice dans une minisérie ou un téléfilm : Kate Winslet, Mare of Easttown
  • Actrice dans un second rôle (mini-série ou téléfilm) : Julianne Nicholson, Mare of Easttown
  • Acteur dans un second rôle (mini-série ou téléfilm) : Evan Peters, Mare of Easttown
  • Emission de divertissement : Last Week Tonight with John Oliver
  • Emission de divertissement à sketch : Saturday Night Live
  • Emission spéciale en direct : Stephen Colbert’s Election Night 2020
  • Emission spéciale enregistrée : Hamilton