Emploi : au-delà de l’embellie, des chantiers inachevés

Editorial. Trimestre après trimestre, l’embellie sur le marché de l’emploi en France se confirme. La baisse du chômage s’est accélérée entre juillet et septembre, selon les dernières statistiques de la direction chargée des études au ministère du travail. Le nombre de demandeurs d’emploi est redescendu légèrement en dessous du niveau atteint en décembre 2019, juste avant le début de la crise pandémique. Qui aurait cru qu’il faille moins de sept trimestres pour effacer les effets d’un tel choc conjoncturel ?

Si la résilience du marché du travail est une bonne surprise, elle n’a rien de magique. Les coûteux plans de soutien à l’économie déployés par le gouvernement avec l’aide de la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne ont parfaitement joué leur rôle d’amortisseur. Ils ont financé des dispositifs de chômage partiel, qui ont limité la destruction pure et simple des emplois, permettant une reprise du marché du travail plus fluide et plus rapide que prévu.

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Ainsi, les déclarations d’embauche n’ont jamais été aussi nombreuses depuis 2000. Même si les recrutements en contrat court restent majoritaires, la croissance des CDI devient forte, et la reprise profite à toutes les catégories d’âge. Plus surprenant, le dynamisme de l’emploi salarié est supérieur à celui de la croissance économique, un phénomène inverse de celui observé aux Etats-Unis, où, malgré la reprise, le nombre de salariés reste inférieur de 5 millions à celui d’avant la crise.

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L’embellie est telle que la question de l’emploi est en train de passer au second plan des préoccupations des Français, qui se focalisent désormais sur leur pouvoir d’achat. La lutte contre le chômage est pourtant loin d’être gagnée. Selon les prévisions de l’Insee pour le troisième trimestre, le taux de demandeurs d’emploi devrait avoisiner 7,6 % de la population active. La France ne peut se satisfaire d’une telle situation.

Anticiper l’adaptation du marché du travail

Les pistes d’amélioration sont connues. Certaines sont sur le point d’être empruntées par le gouvernement. Des mesures à destination des jeunes qui ne sont ni au travail, ni en formation, ni dans un établissement d’éducation devraient être prochainement annoncées. Il est question de verser une allocation en échange d’un engagement à suivre un parcours vers l’emploi. L’efficacité du mécanisme sera fonction des moyens alloués.

Autre piste, celle de l’amélioration des dispositifs de formation. Des sommes importantes ont été débloquées en début de quinquennat, permettant d’enregistrer des progrès dans l’accompagnement des chômeurs. Les pénuries d’emplois constatées dans certains métiers montrent toutefois que l’adéquation entre les compétences disponibles sur le marché et les profils recherchés par les employeurs reste compliquée.

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Deux chantiers sont encore au point mort. L’emploi des séniors, d’abord. Il n’est pas admissible que près de 40 % des personnes partant à la retraite ne soient déjà plus en activité. Certains candidats à l’élection présidentielle parlent de reculer l’âge de départ, mais aucun n’avance de proposition pour augmenter le taux d’emploi des plus de 60 ans, ce qui devrait être un préalable à toute réforme des régimes de pension.

Le second chantier concerne l’adaptation du marché du travail à la transition écologique et numérique. Dans sa présentation du plan d’investissement France 2030, Emmanuel Macron n’a fait qu’effleurer le sujet de l’adaptation des compétences, pourtant primordial. Sans anticipation de ces ruptures et sans régler les problèmes structurels de l’emploi en France, l’embellie risque d’être de courte durée.

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Le Monde