En 1989, le premier concert de Nirvana en France est à Issy-les-Moulineaux

Capture d’écran de la vidéo réalisée lors du premier concert français de Nirvana – le nom du groupe est mal orthographié –, à la MJC d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). A gauche,  Krist Novoselic, à droite, Kurt Cobain porté par le public.

Combien sont-ils, en cette soirée du 1er décembre 1989 à l’espace Icare, la MJC d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), à voir « le futur du rock’n’roll », pour reprendre la fameuse formule du critique Jon Landau appliquée quinze ans plus tôt au Sauveur Bruce Springsteen ? Le chiffre de 75 spectateurs a été colporté sur Internet. En fait, 214 entrées payantes seront comptabilisées par l’association Fahrenheit, qui fait venir pour la première fois en France deux groupes de Sub Pop.

Ce label basé à Seattle (Etat de Washington) est l’emblème d’un courant venu du nord-ouest des Etats-Unis, mêlant punk et metal, bientôt connu sous l’appellation de grunge. En tête d’affiche, un quatuor aujourd’hui oublié : Tad, prénom de son leader, un ancien boucher au physique de videur. L’autre formation est un trio emmené par un gringalet à la tignasse blonde décolorée. Le chanteur et guitariste Kurt Cobain l’a baptisé « Nirvana », ignorant que ce mot avait déjà été utilisé dans les années 1960 par des Londoniens psychédéliques.

La guitare Washburn que Cobain brutalise vit ses derniers jours, détruite le surlendemain à Londres

Les fans de la première heure et les curieux seront récompensés : ils auront la primeur, en France, d’entendre deux chansons appelées à figurer sur l’album qui allait provoquer un séisme – sans réplique depuis – dans le paysage du rock. Objet venu de nulle part (c’est-à-dire ni de Los Angeles ni de New York), Nevermind, dont une réédition est prévue à l’automne, s’écoulera à plus de 15 millions d’exemplaires certifiés (les estimations atteignent le double) après sa publication le 24 septembre 1991. En redéfinissant la stratégie de l’industrie du disque et en s’accompagnant d’une littérature sociologique pour cerner cette génération désenchantée qui succéda aux enfants du baby-boom.

Les nouveautés que présentent Kurt Cobain, le bassiste Krist Novoselic et le batteur Chad Channing à Issy jouent des contrastes : Polly se pare d’une aimable mélodie pop pour évoquer, du point de vue du criminel, le viol d’une adolescente, inspiré d’un fait divers survenu à l’été 1987 à Tacoma (sud de Seattle) ; Breed (alors titré Immodium) est une furie saturée pour exprimer l’apathie : « I Don’t Mind, Mind, Don’t Have a Mind ».

Le passage de Nirvana à l’espace Icare a rejoint en France une liste de concerts légendaires – les Beatles à l’Olympia, en 1964, Jimi Hendrix au Novelty d’Evreux, en 1966, les Sex Pistols au Chalet du lac du bois de Vincennes, en 1976, Joy Division aux Bains-Douches, en 1979… – où le nombre de mythomanes prétendant avoir été là décuple la jauge des salles.

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