« En Algérie, la polémique mémorielle cherche à masquer l’isolement et la fragilité d’un régime »

Tribune. Rien n’a été dit par Emmanuel Macron sur le pouvoir algérien qui n’ait déjà été dit et crié fort en Algérie même. Il en a seulement pris avantage pour semer le doute sur les fondements d’une nation algérienne. S’il s’est permis de le faire, ou a cru – pour des calculs électoralistes – devoir le faire, c’est parce que le discrédit du régime algérien est tel qu’il rejaillit sur l’image de tout le pays. Pour cette raison, il ne se trouve plus personne en France pour le défendre, alors même que sa guerre de libération, puis ses tentatives de développement et de lutte pour le rééquilibrage des rapports Nord-Sud, malgré leurs errements, lui avaient valu la sympathie de larges secteurs de l’opinion française et de nombre de ses intellectuels.

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Les pratiques autoritaires et prédatrices du régime ont fini par dilapider le capital de sympathie dont bénéficiait le pays et lui aliéner ses soutiens. Pis, ils ont justifié, a posteriori, les thèses revanchardes de l’extrême droite et des tenants de « l’Algérie française » en leur offrant l’alibi d’une « république bananière ». Remuer le couteau dans la plaie des tares du régime pour jeter l’opprobre sur le parcours libérateur du pays procure dorénavant un avantage électoral. Le régime algérien porte une part de responsabilité dans ce glissement de l’opinion française.

Isolée dans ses bastions stratégiques

La désespérance qu’il a introduite dans la société est telle que nombre de ses citoyens identifient les figures militaires et civiles de ce système à des « colons » et le crient dans les manifestations. Il ne sert à rien de s’offusquer d’un tel anachronisme, qui exprime plutôt la violence d’un ressenti. Le discrédit du système politico-militaire algérien est tel que, par ricochet, il a abouti à crédibiliser la monarchie marocaine et à faire occulter la dimension corrompue et autoritaire d’un makhzen [système de pouvoir monarchique] archaïque.

Mais l’Algérie s’est isolée même dans ses bastions stratégiques, comme en Afrique, où le retour en force du Maroc a entraîné dans son sillage celui d’Israël, illustré par son statut d’observateur à l’Union africaine, obtenu [en juillet] au moment même où ce pays dénie plus que jamais tout droit aux Palestiniens.

« Comme en France, le débat focalisé sur les questions identitaires et mémorielles sert à occulter les impasses dans lesquelles le régime a enferré le pays »

L’intérêt n’est pas dans ce qu’a dit M. Macron sur la nation algérienne [le 30 septembre, au cours d’un échange avec des jeunes, Français d’origine algérienne, binationaux et pour certains Algériens]. Il a repris des clichés aussi vieux que démentis par les historiens, et qui vont et viennent au gré des enjeux électoraux. Ce qu’il y a de nouveau, c’est le contexte dans lequel intervient cette énième polémique. Celui de l’extrême isolement dans lequel s’est placé le régime algérien, dans le pays d’abord, comme l’illustre le Hirak, et à l’international ensuite, et qui vulnérabilise à l’extrême l’Algérie. C’est cela qui en fait de l’Algérie la cible facile des révisionnistes de la décolonisation. C’est cela aussi qui élargit, en France, le cercle de l’inimitié, ou au moins de l’antipathie, en dehors des secteurs traditionnellement hostiles. Mais c’est surtout cela qui, faisant de l’Algérie « l’homme malade du Maghreb », a abouti à un effacement de sa présence sur la scène internationale et a aiguisé des appétits pour l’en bouter.

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